Rabbi Akiva Eiguer – Sept démarches pour stopper l’Epidemie

Rabbi Akiva Eiguer – Sept démarches pour stopper l’Epidemie

Nous sommes en 1831, période du soulèvement de la Pologne contre l’Empire Russe en place. Comme on le sait, les guerres ne sont pas uniquement synonymes de massacre et destruction mais encore bien davantage, elles riment avec misère, pauvreté et tout ce qui peut faire défaut, et étonnamment, du côté du vainqueur.

C’est dans de telles conditions que se retrouvèrent les habitants de Pologne. Et non seulement eux, mais ce fut également le sort de toutes les populations des pays avoisinants face au crash économique et commercial.

Plusieurs années auparavant, avait démarré une épidémie de choléra (חולה-רע). Ses symptômes commençaient à poindre sur le territoire Européen. Dans l’instant, la maladie était en train de se propager à pas de géant dans toute la Pologne. Les quotidiens racontent comment déjà au commencement de sa propagation, cette terrible pandémie s’étendit sur dix ans, de 1828 à 1837.

Cette plaie démarra en Inde et en Chine ! De là, elle gagna la Russie, puis le reste de l’Europe. Elle parvint même à traverser l’Océan Atlantique pour s’étendre aux Etats Unis d’Amérique, depuis l’Inde tropicale jusqu’à la Norvège au nord. Même les juifs en souffrirent en Israel.

Comme témoignage de la peur effroyable de la population face à ce terrible fléau, la migration de centaines de milliers de personnes qui prirent la fuite et quittèrent la ville, lorsqu’il frappa Paris en 1832.

L’écorchure de la guerre et la maladie du choléra ruinèrent la situation de la Pologne, ce qui induit une extrême pauvreté et engendra une large extension de la maladie.

Comme nous le savons, rien ne se passe dans ce bas-monde qui ne soit décidé par le Ciel, ainsi l’homme y assista-t-il de ses propres yeux et de même, cela apparut au cœur de sa chair.

Résumons en quelques mots cette maladie appelée « choléra ». C’est une bactérie, dont la forme est celui d’une petite virgule, d’un « psik » insignifiant. Elle ne supporte pas les endroits secs et meurt même dans les eaux usagées. Par contre dans l’eau destinée à être bue, l’eau des canalisations, les gens malades, les vêtements humides, elle est capable de survivre plusieurs jours. Cela revient à dire que, plus les conditions d’hygiène sont réduites, plus les chances de contagiosité sont grandes.

Lorsque l’eau est contaminée par la bactérie, tout celui qui en boit est touché, et lorsque cette personne ne se lave pas les mains en sortant de la salle de bains ou des toilettes, il contamine tout son entourage !!

Comme on peut l’imaginer, toute proportion gardée, relativement au nombre de gens atteints chez les nations, la maladie toucha bien moins de personnes dans les communautés juives. En notre faveur, les exigences de la Halakha qui requiert de nous, une propreté exemplaire, tant au niveau des mains que du corps, ne serait-ce que pour pouvoir dire une brakha, étudier la Thora et faire la Téfila !

Nous concernant, ce problème de manque d’hygiène est réduit au plus bas, au point même qu’il n’existe quasiment pas.

Malgré tout, reste le problème de l’eau des canalisations à partir desquels nombreux s’abreuvaient fut la cause de la contagion dans nos communautés.

A la lumière de cela, il n’est pas difficile de comprendre que vu la difficulté de la situation économique du pays d’après-guerre, nombreux furent ceux qui migrèrent vers des lieux inhabités. Les maisons avaient été détruites et la population déambulait dans les rues, les gens étaient vêtus de haillons sales. Les literies étaient malpropres, aucune facilité pour se laver comme il convient, que ce soit les mains ou le corps. C’est ce qui suscita et réveilla la maladie et sa propagation avec d’autant plus de force. A noter que la période d’incubation de la maladie est très courte, entre un et 4 jours, ce qui eut pour conséquence de se propager extrêmement rapidement entre ceux qui la contractaient. Ajoutons à cela, le fait que son apparition était brutale, elle se faisait sans aucun signe annonciateur, le processus d’infection était très rapide et la mort pouvait survenir au bout de quelques heures, plus généralement les 2 jours qui suivent, après l’apparition des premiers signes.

Cette maladie s’étendit de façon fulgurante dans tous les coins de la Pologne. Le gouvernement se mit en peine de faire tout son possible pour enrayer cette plaie, mais au début, les opérations menées restèrent sans succès car l’épidémie engendra le fait que les difficultés économiques s’accentuent. Cela eut pour conséquence, une aggravation de la misère et de la pauvreté humaine, venant grossir également le nombre de morts.

Dans une lettre à ce sujet, notre Maître fit la description des faits déjà rapportés plus haut. Il y encourage la Tsédaka, recommande de donner de fortes sommes d’argent aux pauvres et plus particulièrement à ceux qui auparavant avaient vécu dans l’opulence et la largesse, avaient eux-mêmes, soutenu d’autres personnes ainsi que le poids de la communauté…

Si la guerre avait engendré la pauvreté, la maladie l’a surenchérit dix fois plus, au point que même ceux qui avaient des biens perdirent toutes leurs richesses et tombèrent dans la misère. Un homme pauvre, hormis le fait qu’il soit plus facile à contaminer, n’a évidemment pas les moyens de se faire soigner.

Petit à petit, par Hessed Hachem, le gouvernement polonais réussit à prendre le contrôle de la situation et Notre Maitre Rabbi Akiva Eiguer mit en place de nombreuses mesures qui eurent pour effet d’aider et de soulager. L’influence de Rabénou fut impressionnante relativement à ce qui fut établi dans la ville de Pozna, au point que la municipalité de la ville trouva juste de publier la conduite à adopter selon les principes mis en vigueur par le Rav. Le roi de Prusse lui témoigna toute sa reconnaissance dans une lettre de remerciements.

Notre propos n’est pas de pister cette maladie effroyable. Dans ce genre, de nombreux livres de médecine l’ont déjà fait. Il nous importe plutôt de nous pencher sur les lettres et consignes que préconisa Rabbi Akiva Eiguer en cette période :

Sept démarches, Rabi Akiva Eiguer stoppe l’Epidémie :

Rabbi Akiva Eiguer vécut il y a 200 ans de cela. Il est niftar le 13 Octobre 1837. Il fut Roch Yéchiva, décisionnaire en Halakha, Rav influent. En cette période, il fut considéré comme le Géant de la génération. Il fut l’un des plus Grands en Thora durant la période des Aharonim. Il fut le symbole d’une dimension spirituelle gigantesque, lamdan acharné, il ne cessait d’étudier. Il fut un Maître dans sa génération.

Il est considéré comme l’un des plus grands érudits en Thora au cours de cette nouvelle période. Son nom devint synonyme de génie du Limoud Hathora. Et sa Thora est enseignée dans les Batei Midrachot des Yéchivot de nos jours.

Au début de son parcours, Rabi Akiva Eiguer refusa le poste de Rav qui lui fut proposé comme décisionnaire de la Halakha. Par contre, il ne refusa pas la fonction de Roch Yéchiva. Il occupa la fonction de Rav dans la ville Polonaise de Pozna durant 23 ans environ, et cela jusqu’au jour de sa mort.

En cette période où il occupa la fonction de Rav à Pozna, sévit l’épidémie de choléra, maladie causée par une infection bactérienne, cause de puissantes diarrhées.  Cette maladie est réputée pour sa haute contagiosité. Pour empêcher qu’elle ne s’étende, Rabbi Akiva Eiguer établit un certain nombre de règles qui aidèrent énormément à l’époque et permirent d’endiguer le fléau ravageur :

1/Rabbi Akiva nomma un comité responsable, chargé de veiller aux mesures d’hygiène du tsibour, à la prise de conscience de la gravité de la situation, ainsi qu’à la responsabilité collective. Il se préoccupa du fait que ce comité veille quotidiennement à la propreté des lieux dans les maisons des indigents. Il fit placarder des affiches recensant les lois et obligations de préserver sa santé en faisant bouillir l’eau et en soignant son hygiène corporelle personnelle.

2/Pour diminuer la fréquentation trop nombreuse et réduire les entrées des gens, il fixa de renoncer provisoirement à la téfila en minyan. A l’approche des Yamim Norayim cette année-là, il institua qu’un tirage au sort déterminerait ceux qui seraient choisis pour se joindre au minyan et prier à la Choule pour les téfilot des jours de Roch Hachana, et ceux qui le seraient pour Yom Kipour.

3/Rabbi Akiva recommanda que les grands minyanim soient répartis en petits groupes dont chaque ne devrait excéder 15 personnes – tels sont ses mots : « pour ce qui concerne la téfila dans les synagogues, selon moi, il est vrai que tout regroupement de personnes dans un endroit réduit n’est pas une bonne chose. Par contre, il est possible de former des groupes et prier selon de petits quotas d’environ 15 personnes. »

4/Il rajouta que s’il y avait des gens qui refusaient de se plier à ces recommandations, il serait permis de les dénoncer au gouvernement.

5/ Il préconisa également de réciter après la téfila certains mizmorim de Téhilim, et ensuite les rituels suivants : « קל רחום שמך, עננו, מי שענה, יהי רצון אהר התהלים », et de mentionner également le roi, sa descendance et ses ministres ainsi que tous les habitants de son pays. Le Rav a ainsi écrit qu’il fallait réciter le matin et le soir la Parachat Hatamid en minyan ainsi que le rituel complet de la section de la Kétoret.

6/Rabi Akiva Eiguer recommanda également de réduire de manière sensible la durée des téfilot et mis en place une pause conséquente d’une téfila à l’autre. Il prit le parti de composer et associer à son action la police locale. C’est la raison pour laquelle on put voir des policiers dans les synagogues chargés de veiller au bon ordre des choses et empêcher des regroupements de personnes et une certaine promiscuité néfaste aux heures d’arrivée, et de sortie de la Choule.

7/Le Rav conseilla à chacun de boire une boisson chaude avant la téfila de Chaharit, cela, en dépit de la Halakha qui demande de ne rien gouter avant la téfila.

Cette procédure et ces principes qu’avait distinctement posé Rabbi Akiva Eiguer, permirent de limiter considérablement le nombre de personnes atteintes à Pozna en cette période de ravage de l’épidémie. Pour son action, il reçut en guise de remerciement, une lettre de reconnaissance de Ferdinand Wilhelm III, roi de Prusse.

About The Author

Ancien élève de la yéchiva de Poniewicz. Auteur de plusieurs brochures, en particulier sur le traité Horayot, l'astronomie et le calendrier juif. Se spécialise sur les sujets de Hochen Michpat. Co-directeur du centre de Dayanout Michné-Tora à Jerusalem.

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