Parachat Bechala’h – Pharaon vs Amalek : Quelle guerre face à l’Iran ?

Parachat Bechala’h – Pharaon vs Amalek : Quelle guerre face à l’Iran ?

Deux guerres opposées

Dans notre paracha sont décrites deux guerres succecives: la guerre contre Pharaon au début de la paracha, et la guerre contre Amalek à la fin. Mais le lecteur remarquera qu’elles sont diamétralement opposées :

La guerre contre l’Égypte : Hachem a dit : “L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous garderez le silence” (14:14) – indiquant ainsi que les bnei Israël n’avaient pas à intervenir. Le Midrash raconte qu’un groupe d’Israël disait : “Faisons la guerre contre eux”, et un autre groupe disait : “Crions contre eux”. Au groupe qui voulait combattre, il fut dit : “L’Éternel combattra pour vous”, et au groupe qui voulait crier, il fut dit : “Et vous, vous garderez le silence”. C’est dans ce sens qu’ils proclamèrent dans le Cantique de la Mer : « L’Éternel est un homme de guerre » — car la guerre fut menée exclusivement par Hachem.

La guerre contre Amalek : En revanche, quand Amalek vint combattre Israël, un commandement totalement opposé fut donné : “Choisis-nous des hommes et sors combattre Amalek” (17:9). Ici, Israël lui-même doit partir en guerre par ses propres forces.

Quelle est la raison de ces deux commandements opposés ?

Pourquoi ces deux miracles pour convaincre Yitro ?

Nos Sages enseignent sur le verset “Et Yitro entendit tout ce que D.ieu fit pour Israël” – qu’il s’agit précisément de deux événements : la séparation de la Mer Rouge et la guerre d’Amalek. On voit qu’il existe un lien particulier entre ces deux événements.

Mais ici se pose une question centrale : la séparation de la Mer Rouge était un miracle manifeste et grandiose, totalement au-delà de la nature. Qu’a donc ajouté la guerre d’Amalek ? En quoi la guerre relativement naturelle contre Amalek a-t-elle influencé Yitro, après qu’il ait déjà vu comment Hachem a fendu la mer en deux ?

Il semble que la réponse à cette question soit liée à la compréhension de la différence fondamentale entre les deux guerres.

Pourquoi Moché et Israël devait se taire ?

Pour comprendre la différence entre les deux guerres, nous devons approfondir la question : pourquoi Hachem a-t-Il demandé aux enfants d’Israël précisément de se taire ?

Hachem dit également à Moïse : “Pourquoi cries-tu vers Moi, parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent”. Rachi explique que Moïse se tenait et priait, et Hachem lui dit : “Ce n’est pas le moment de prolonger la prière, car Israël est en détresse”. Mais ces paroles sont très étonnantes – justement en temps de détresse, il est du devoir de crier vers Hachem ! Pourquoi ici, précisément quand les Égyptiens les poursuivent, Hachem n’a-t-Il pas voulu de prière ?

La Mer Rouge : une naissance, pas un sauvetage

La réponse réside dans une compréhension profonde de la signification de l’ouverture de la mer : Hachem ne voulait pas que l’ouverture de la Mer Rouge soit perçue comme un sauvetage du peuple égyptien. Au contraire – c’est le point culminant de la sortie d’Égypte, et elle vient compléter la création du peuple.

La sortie d’Égypte n’est pas une fuite devant Pharaon, mais un processus de naissance : le peuple d’Israël était en Égypte pour naître en tant que nouveau peuple. Quand la naissance réelle a-t-elle eu lieu ? Au moment de la séparation de la Mer Rouge.

La mer ne s’est pas ouverte pour nous sauver des Égyptiens – mais au contraire : la mer s’est ouverte pour Israël, et de ce fait les Égyptiens sont morts. La mer s’est ouverte pour nous amener vers une nouvelle réalité, vers une nouvelle terre ferme – une terre ferme dans la mer, une terre ferme au-delà de la réalité naturelle. C’est pourquoi nous sommes appelés “Ivrim” (Hébreux), parce que nous avons traversé (‘avar) la mer. C’est ici qu’a eu lieu une véritable naissance.

C’est pourquoi à ce moment-là Israël fut appelé “banim” (fils), comme il est dit : “Qui fait passer Ses fils entre les morceaux de la Mer Rouge” – exactement comme un fœtus qui sort du ventre de sa mère. Tant qu’ils n’avaient pas traversé la mer, ils n’étaient pas vraiment nés. Certes, physiquement ils étaient déjà sortis d’Égypte, mais l’Égypte n’était pas sortie d’eux. Comme l’écrivent Ibn Ezra et Rabbenou Behayé, ils sont restés avec le sentiment de servitude. La véritable naissance n’a eu lieu qu’à la séparation de la Mer Rouge.

C’est la raison profonde pour laquelle Hachem est Celui qui a combattu seul dans cette guerre, et pourquoi les enfants d’Israël ont été commandés de se taire. Puisqu’il s’agit de la naissance du peuple d’Israël et de sa création, il est impossible qu’Israël soit impliqué dans sa propre création. Un homme ne peut pas s’engendrer lui-même. Si nous avions combattu, ou même crié en prière, nous aurions déformé toute la signification de la sortie d’Égypte – car nous aurions transformé la naissance en sauvetage, la création en intervention.

La guerre d’Amalek – Expression de notre liberté

Nous comprenons maintenant la merveilleuse différence dans la guerre d’Amalek. Cette guerre vient après que les enfants d’Israël soient déjà un peuple libre, un peuple indépendant. Un peuple qui est sorti des limites de la nature et est devenu le peuple de Hachem, une réalité infinie.

Et peut-être est-ce précisément pour cela qu’Amalek est venu – précisément à cause de l’indépendance que nous avons reçue, à cause du fait que nous avons été choisis pour être le peuple de Hachem.

Ici Hachem commande : “Choisis-nous des hommes et sors combattre Amalek” – précisément pour nous dire que nous sommes des hommes libres. Il est en notre pouvoir de combattre nous-mêmes pour notre idéal. C’est une partie de l’expression de la liberté – la capacité de combattre nous-mêmes contre nos ennemis. Par-là s’est exprimée notre liberté encore avant le don de la Torah.

Le paradoxe surprenant : Parfois on pense que nous avons besoin de guerres pour atteindre la liberté. Mais peut-être est-il plus juste de dire que nous avons besoin de liberté pour mener des guerres. La liberté est la capacité de combattre pour nos valeurs, pas seulement le droit d’être libérés.

En d’autres termes : la séparation de la Mer Rouge est la fin de la conduite miraculeuse de la sortie d’Égypte, et la guerre d’Amalek est le début de la conduite naturelle – la conduite qui nous mène vers l’entrée en Terre d’Israël, où l’homme est requis d’être un partenaire actif.

Pourquoi la question sur les mains de Moïse seulement ici ?

À la lumière de ce qui précède, une autre question peut désormais être éclaircie : pourquoi nos Sages ont-ils interrogé le rôle des mains de Moïse uniquement dans le contexte de la guerre contre Amalek, en demandant : « Est-ce que les mains de Moïse font la guerre ? », et en expliquant que tant qu’Israël levait les yeux vers le Ciel et soumettait son cœur à Hachem, il l’emportait — et non lors de la traversée de la mer Rouge ?

Pourtant, dans les deux cas, l’action passe par les mains de Moïse : dans la guerre contre Amalek, la victoire est liée à l’élévation de ses mains, et à la mer Rouge, l’ouverture des eaux se produit par le commandement divin : « Étends ta main sur la mer ».
Pourquoi, dès lors, la Michna ne s’interroge-t-elle que dans le premier cas ?

Selon ce que nous avons expliqué, la différence est claire : à la mer Rouge, l’intervention humaine n’avait aucune autonomie. Les mains de Moïse n’étaient qu’un pur instrument divin, et le miracle était manifestement l’œuvre exclusive de Hachem, sans risque de confusion.

En revanche, dans la guerre contre Amalek, l’homme est engagé concrètement dans le combat. Il pouvait alors sembler que la victoire dépendait d’une action humaine — des mains de Moïse. C’est précisément là que la Michna intervient : pour enseigner que même lorsque l’homme agit, sa véritable mission est de faire résider la présence divine dans son action, en reliant la terre au Ciel.

Yitro : du spectateur au participant

Maintenant se clarifie aussi la réponse sur Yitro : Tant que Yitro n’a vu que les miracles de la séparation de la Mer Rouge, certes il a vu des choses énormes, mais il s’est senti de l’extérieur. Tout était du choix de D.ieu. Mais lorsqu’il a vu que l’homme est partenaire dans l’attachement à Hachem, et qu’il est partenaire dans la guerre d’Amalek – Yitro a compris qu’il était aussi en son pouvoir d’entrer dans ce peuple. Il a vu qu’il est possible de se joindre, d’être partie prenante, pas seulement d’observer les miracles de l’extérieur.

Hachem pour nous, nous pour Hachem

On peut approfondir encore et dire que si la guerre contre Pharaon était une guerre de Hachem pour Israël, la guerre contre Amalek, c’est une guerre de Israël pour Hachem.  Comme l’écrit le Rambam, Amalek combat contre Hachem Lui-même. Par le fait que nous avons été créés comme peuple, nous représentons Hachem sur terre. C’est pourquoi Amalek, qui veut combattre contre Hachem, a trouvé un moyen de le faire en combattant Ses représentants – Israël. Et cette guerre, la guerre pour Son honneur béni soit-Il, doit être faite précisément par nous.

Un cercle complet : Parce qu’Il nous a créés, nous combattons pour lui

Mais il y a ici quelque chose de beaucoup plus profond : la raison pour laquelle nous devons être actifs dans la guerre contre Amalek découle précisément de la raison pour laquelle Hachem est Celui qui a combattu contre Pharaon et l’Égypte.

Par la guerre contre Pharaon, Hachem nous a créés et nous a transformés en Ses fils – nous appartenant à Lui de manière inconditionnelle, comme un père et un fils. C’était la raison pour laquelle nous ne sommes pas intervenus dans la guerre, afin que Hachem nous rende totalement Siens, dans un lien qui ne dépend pas de nos actes.

Et pour cette même raison précisément, lorsqu’Amalek vient combattre contre Hachem – en nous combattant, Ses représentants – il est requis de nous de combattre pour l’honneur de Son Nom béni soit-Il. Puisque nous sommes liés à Lui de manière inconditionnelle, nous ne pouvons pas rester à l’écart. Le lien créé à la séparation de la mer nous oblige à combattre dans la guerre d’Amalek.

C’est un cercle complet : Il a combattu pour nous afin de nous créer comme Ses fils – et parce que nous sommes Ses fils, nous combattons pour Lui.

La guerre de notre époque : Répétition de Amalek

La guerre contre Amalek n’est pas seulement un souvenir du passé. Il est dit dans la kabala que la dernière guerre de l’Histoire, celle de Gog Oumagog, est la continuité de celle de Amalek, cette fois Amalek à la tête de toutes les nations.

Et donc pour la gagner, il faut bien intégrer la leçon fondamentale de la Michna : « Ce ne sont pas les mains de Moïse qui gagnent la guerre. » Aujourd’hui, cela signifie : ne pas placer toute notre confiance dans un homme, une arme, un système de défense, une alliance ou une stratégie. Notre véritable force vient d’ailleurs : se remettre entre les mains de Dieu.

Conclusion – le cycle inversé

Mais je voudrais conclure en citant la prophétie de Mikha :
« Comme aux jours de ta sortie d’Égypte, Je te montrerai des prodiges. »

À la fin des temps, il y aura des miracles aussi grands — voire plus — que ceux de la sortie d’Égypte. Mais avec un renversement total de l’ordre.

À la sortie d’Égypte :

  • D’abord Dieu seul (la Mer Rouge),
  • Puis une guerre avec notre participation (Amalek).

À la fin de l’Histoire :

  • D’abord nous menons la guerre, comme face à Amalek — avec action, engagement mais surtout adhésion totale envers Dieu.
  • Et ensuite, Dieu intervient Lui-même, comme à la Mer Rouge, et achève la guerre par des prodiges.

C’est l’histoire du peuple juif. De la première guerre à la dernière. De la naissance à la Rédemption finale.

Hachem combat pour nous. Nous combattons pour Hachem. Et à la fin — Il achèvera ce qu’Il a commencé.

About The Author

Ancien élève de la yechivat Hevron Guivat Mordehai. Auteur de plusieurs livres sur le Talmud et la Halacha. Roch Kollel Michné-Torah à Jerusalem.