Chabbat Chouva – Là où tu as chuté, s’ouvre le chemin

Chabbat Chouva – Là où tu as chuté, s’ouvre le chemin

Revenir par le chemin même de l’égarement

Le prophète jérémie proclame : « Dresse-toi des jalons, place-toi des repères, reviens, vierge d’Israël, reviens vers tes villes » (Jérémie 31:21).

Dans son sens littéral, ce verset concerne le peuple d’Israël partant en exil et destiné à revenir. C’est pourquoi il lui est ordonné de laisser des signes en chemin – pour se souvenir du sentier du retour.

Mais il est évident qu’il y a ici une allusion plus profonde : c’est une métaphore du repentir (techouva). Cela ressort de la suite du verset : « Revenez, enfants rebelles ».

Ici surgit une question profonde : quels sont ces « jalons » qu’une personne peut établir pour elle-même ? Car au moment du péché, l’homme n’est pas conscient, il est plongé dans la confusion. Comme l’ont dit nos Sages : « L’homme ne pèche que si un esprit de folie s’empare de lui ».

Comment peut-on alors attendre de lui que, précisément à ce moment-là, au cœur même de cette confusion, il se souvienne de laisser des signes pour le jour où il voudra revenir ?

Pourquoi ne peut-on pas appuyer sur “reset” ?

Pour comprendre cela, commençons par une interrogation bien plus générale : pourquoi le repentir dépend-il de l’expiation ?

Ces deux concepts – « repentir » (techouva) et « expiation » (kapara) – semblent parfois se chevaucher, mais ils sont en réalité totalement différents :

Le repentir est un rapprochement renouvelé avec Dieu. Dans la Bible, lorsque la Torah parle de repentir, il n’y a aucune mention de faute ou de pardon : « Tu reviendras vers l’Éternel ton Dieu », « Vous chercherez de là l’Éternel votre Dieu », « Revenez vers moi et je reviendrai vers vous ». Il ne s’agit pas de réparer le passé, mais d’un rapprochement simple, naturel, sincère.

L’expiation, en revanche, est autre chose : l’effacement du péché, la purification, le nettoyage de l’empreinte laissée par la faute. C’est un processus tourné vers le passé, vers les conséquences du péché, vers la blessure qui nécessite une guérison.

Et pourtant, durant les Dix Jours de repentir, il semble qu’il n’y ait pas de repentir sans expiation. Les prières, les selihot (supplications), les paroles de nos Sages – tous traitent du regret, de la confession, de la demande de pardon et de purification.

Pourquoi ne pas simplement revenir ? si une personne veut revenir, si son cœur s’éveille, si elle aspire à revenir vers Dieu – pourquoi cela ne suffit-il pas ?

Pourquoi doit-elle passer par tout ce processus d’expiation, de confession, de flagellation morale ? Pourquoi ne peut-on pas simplement recommencer à neuf, effacer le passé et choisir une vie différente, meilleure ?

En théorie, si une personne perdait la mémoire, elle pourrait se rapprocher de Dieu sans même savoir qu’elle a péché. Alors pourquoi ne pouvons-nous pas faire cela consciemment ?

Le péché comme porte de retour vers soi-même

En fait, réfléchissons un instant au mot lui-même « techouva » qui signifie « retour ».

Il n’est pas dit « atteindre Dieu » ou « s’attacher à lui », mais simplement : revenir.

Car comme l’écrit le Maharal, le vrai repentir est un retour vers l’essence intérieure de l’homme – vers son identité, vers son âme. Car la rencontre avec le Créateur ne se déroule pas à l’extérieur de nous, mais en nous. Plus une personne se rapproche d’elle-même – de ce qui est enfoui en elle depuis le commencement – plus elle se rapproche de Dieu.

Le repentir n’est donc pas la création de quelque chose de nouveau, mais la redécouverte de ce qui a toujours été là – et qui a seulement été oublié ou caché.

Seul celui qui se souvient peut revenir

Si le retour vers Dieu est un retour vers soi-même, alors le péché n’est pas seulement une transgression morale – c’est une rupture intérieure. C’est ce qui nous éloigne du lien intime avec nous-mêmes, avec le Dieu qui est en nous.

Par conséquent, pour revenir, il faut passer précisément par les lieux où nous nous sommes éloignés.

Ainsi écrit le roi David : « Mon péché est constamment devant moi ». Pourquoi ? En apparence, s’il s’est repenti, pourquoi rappeler sans cesse le péché ?

La réponse est : c’est précisément ce souvenir qui le maintient sur la voie. Celui qui refoule son passé ne s’y confronte pas vraiment. Et comme il est dit dans les Proverbes : « Celui qui cache ses transgressions ne réussira pas, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde ».

L’échec refoulé reste à l’intérieur. Mais quand une personne traite le péché, le place devant ses yeux, elle ouvre une porte vers un retour plus profond.

Le même chemin – mais en sens inverse

Telle est la signification des paroles du prophète : « Place-toi des repères ». Un signe nouveau ne suffit pas. Il faut identifier le chemin par lequel tu t’es éloigné – pour y retourner, dans la direction opposée.

Comme l’écrit le Rambam dans les Lois du repentir : lorsqu’une personne rencontre à nouveau la même situation dans laquelle elle a péché, avec la même capacité et dans la même condition – et qu’elle choisit autrement, c’est un repentir complet.

Pourquoi ? Parce que là, à l’endroit où le lien avec l’identité s’est rompu, c’est précisément là que s’ouvre la porte du retour.

Le péché comme carte – non comme obstacle

Et voici la profondeur du verset : « Dresse-toi des jalons ». Ces jalons ne sont pas des repères extérieurs, mais les péchés eux-mêmes.

Ce sont les lieux où nous nous sommes perdus. Seule une personne qui ose les regarder – avec honnêteté, sans fuir – peut comprendre où la connexion s’est brisée. Et alors aussi comment il est possible d’y revenir.

Rabbenou Yonah écrit que l’un des fondements du repentir est de toujours se souvenir des fautes et de ne pas laisser le temps les effacer. Et ainsi également le Ran dans ses sermons : le repentir commence quand la personne place son péché devant ses yeux.

Le péché, si vous savez le voir correctement, n’est pas une corruption irréversible, mais une carte routière. Il marque exactement où vous avez perdu le chemin – et c’est pourquoi vous pouvez aussi revenir à travers lui.

De la rupture vers une nouvelle profondeur

Le retour vers Dieu n’est pas seulement la suppression du péché. C’est un retour vers l’identité authentique qui est en nous.

Le péché nous en a coupés – mais le repentir nous y reconnecte, non pas à l’état antérieur, mais à une profondeur que nous n’avions pas connue auparavant.

C’est précisément la connaissance qu’il est possible de revenir – même après une chute – qui permet la vraie croissance. Car c’est précisément le péché qui nous révèle où la connexion s’est rompue.

Et voici la profondeur des paroles de nos Sages : « À l’endroit où se tiennent les repentants, les justes parfaits ne peuvent pas se tenir ».

Le repentant ne revient pas en arrière – il prend l’endroit même du péché, la chute, et la transforme en lieu de connexion renouvelée, plus profonde, plus vraie, plus authentique.

Quand l’intention coupable devient mérite

C’est pourquoi nos Sages ont dit : « Celui qui fait repentir par amour – ses fautes intentionnelles deviennent pour lui comme des mérites » (Yoma 86b).

Non pas parce qu’on efface le péché – mais parce qu’il devient lui-même un levier de changement. La faute ne reste pas une blessure – mais devient un lieu de vérité.

Quand la personne ne fuit pas son passé, mais le traite – elle en construit des repères. Et ces mêmes actes qui l’ont éloignée d’elle-même deviennent le chemin qui la mène vers elle-même.

L’échec devient un échelon. La chute devient un tremplin. Et le péché devient une reconnexion avec la vérité la plus intime qui soit en elle.

Conclusion

Le repentir authentique est une transformation créatrice qui fait de nos blessures des ouvertures, de nos chutes des élévations, et de nos égarements les jalons même de notre retour vers la vérité de notre être.

About The Author

Ancien élève de la yechivat Hevron Guivat Mordehai. Auteur de plusieurs livres sur le Talmud et la Halacha. Roch Kollel Michné-Torah à Jerusalem.