Nous vivons aujourd’hui une situation incroyable : les plus grandes puissances — Amérique, Chine, Europe — avec leurs armées et leurs économies colossales, dépendent toutes d’une infime portion de mer : le détroit d’Ormuz. Une seule artère capable de faire vaciller la planète entière.
Quel est le rapport profond entre cette fragilité mondiale et l’ouverture de la Mer Rouge que nous célébrons aujourd’hui ? Nous allons découvrir une idée qui change notre regard sur cette période de guerre, un message de force et d’espoir pour le peuple d’Israël.
Quand D.ieu répète la Création pour enfanter un peuple
Le septième jour de Pessah, nous célébrons l’ouverture de la mer Rouge. Mais une question s’impose : pourquoi un tel miracle ? Pourquoi un bouleversement aussi radical des lois de la physique et de la nature, alors que le chemin “normal” pour sortir d’Égypte ne passait pas par la mer ?
En réalité, selon nos Sages, le passage dans la mer n’était pas un simple secours logistique, mais une nécessité métaphysique pour la création du peuple d’Israël. Les Sages établissent ainsi un parallèle saisissant entre ce miracle et le troisième jour de la Création, où D.ieu ordonna aux eaux de se retirer pour que le sol apparaisse. Lors de la sortie d’Égypte, D.ieu répéta cette action originelle pour donner naissance à ce « nouvel homme collectif » appelé Bnei Israël.
La terre n’existe que par la mer
Pour comprendre ce parallèle, intéressons-nous aux particularités du troisième jour de la Genèse. Plusieurs questions se posent à la lecture des versets :
- La méthode de création : Pourquoi la terre fut-elle créée de telle sorte qu’elle fut d’abord couverte, avant que D.ieu n’en repousse les eaux ? Pourquoi ne fut-elle pas créée habitable dès le départ ?
- L’apparition plutôt que la création : Le verset dit : וְתֵרָאֶה הַיַּבָּשָׁה (Vétéraé hayabacha) — « Que la terre sèche apparaisse ». Cette expression suggère qu’il n’y a pas eu de création ex nihilo de la terre ferme ce jour-là, mais seulement une révélation de ce qui était caché.
- La dualité d’un seul jour : Pourquoi deux créations distinctes en un seul jour : le retrait des eaux et l’émergence du monde végétal ?
- La relativité des noms : La Torah lie le nom de la Terre à celui de la Mer dans le verset : וַיִּקְרָא אֱלֹקִים לַיַּבָּשָׁה אֶרֶץ, וּלְמִקְוֵה הַמַּיִם קָרָא יַמִּים (Vayikra Elokim layabacha Erets, oulmikvé hamayim kara Yamim) — « D.ieu appela la terre sèche “Terre”, et l’amas des eaux, Il l’appela “Mers” ». Pourquoi ces deux noms semblent-ils n’avoir de sens que l’un par rapport à l’autre ?
Ces interrogations révèlent une idée fondamentale : la réalité terrestre n’a aucune véritable autonomie. La raison en est que la terre est purement matérielle, tandis que les eaux symbolisent la spiritualité. Le matériel doit, par essence, tendre vers le spirituel. La terre est appelée Eretz, un mot apparenté à Ratson (la volonté), car elle doit viser le ciel, symbolisé par le mot Chamayim (qui contient Cham : “là-bas”). D.ieu n’a écarté les eaux que pour offrir à l’homme un espace où exercer sa volonté. La terre n’est qu’un moyen d’accomplir la volonté divine. Si ce sens disparaît — comme à l’époque du Déluge — les eaux reprennent naturellement leurs droits et submergent tout.
L’illusion de la stabilité face à la mer
Pour approfondir, la Terre représente dans notre psyché la stabilité, la force et l’autonomie. Elle nous donne l’illusion que nous sommes maîtres de notre destin parce que nous y marchons avec assurance.
La Mer, à l’inverse, est le lieu de l’instable et du mouvement permanent. On ne peut y survivre sans aide extérieure (un navire, de l’oxygène) ; elle nous rappelle sans cesse notre vulnérabilité. En réalité, le monde n’est “terre ferme” que par une décision divine qui maintient les eaux à distance. L’homme qui oublie cela tombe dans l’orgueil, croyant que sa stabilité est acquise par sa propre puissance.
Le monde occidental et le détroit d’Ormuz
Le monde occidental moderne est l’incarnation même de cette illusion de la “Terre ferme”. Il a bâti sa puissance sur une stabilité qu’il croit acquise : technologique, militaire, et surtout financière. On se persuade que plus on accumule de richesses, plus le sol sous nos pieds est solide.
Pourtant, observez la fragilité de cet édifice. Il suffit d’une tension sur une infime portion de mer au Moyen-Orient — le détroit d’Ormuz — pour que tout l’orgueil des nations vacille. Ce bras de mer, une simple ligne bleue sur la carte, détient le pouvoir de faire exploser le prix du baril de pétrole. Par un effet de dominos implacable, c’est toute la “sécurité” occidentale qui s’en trouve menacée : le prix du litre d’essence s’envole à la pompe, les coûts de transport saturent les marchés, et cela finit par impacter jusqu’au prix du pain à Paris.
C’est une leçon d’humilité monumentale : le confort quotidien d’un citadin à l’autre bout du monde dépend d’un élément fluide qu’il ne contrôle pas. Cela rappelle aux puissances qu’elles n’ont pas de liberté réelle tant qu’elles s’imaginent autonomes. Leur “Terre” — leur économie, leur pain, leur vie — reste suspendue à la merci de “l’Eau”, prouvant que leur stabilité n’est qu’une façade fragile, totalement dépendante d’une volonté supérieure.
Le “Secret” d’Israël : Une Terre au milieu de la mer
C’est ici que réside le secret du peuple juif, né lors de l’ouverture de la mer Rouge. Le véritable homme libre est celui qui a traversé la mer. Quelle est cette liberté ? C’est la capacité de vivre dans une dimension inédite : « la terre sèche au milieu de la mer ».
Contrairement aux nations qui cherchent la stabilité dans la matière pure, Israël a créé une “nouvelle terre” qui ne renie pas l’eau, mais qui s’épanouit en son sein. C’est vivre dans le monde (la terre) tout en restant pleinement conscient que nous sommes portés par le Créateur (la mer).
C’est là tout le sens de la Mézouza. Le Midrach compare les eaux dressées à droite et à gauche à la Mézouza. En la fixant à nos portes, nous affirmons que notre protection ne dépend pas de la solidité de nos murs, mais de notre connexion au spirituel. En vivant ainsi “dans la mer”, nous nous extrayons des lois de la nature et du déterminisme des astres.
Conclusion : Une Providence révélée
Cette dimension surnaturelle se manifeste concrètement aujourd’hui. Pour celui qui ne ferme pas les yeux, la situation actuelle en Israël face aux menaces massives de missiles révèle une providence qui défie la logique.
Ces armes, capables de destructions massives, échouent à produire les résultats catastrophiques que la physique prédirait. Pourquoi ? Parce qu’Israël n’habite pas la même “Terre” que les autres nations. Nous sommes ce peuple qui, depuis la sortie d’Égypte, marche sur une terre située au-dessus des lois de la nature. Notre sécurité ne réside pas dans l’illusion de notre propre force, mais dans notre capacité à reconnaître que notre sol repose, à chaque instant, sur la volonté du Maître du monde.