Khamenei rejoue Pharaon : Israël comme prétexte, peuple Iranien comme victime

Khamenei rejoue Pharaon : Israël comme prétexte, peuple Iranien comme victime

Introduction : Les images qui nous parviennent d’Iran

Ces derniers jours, des images difficiles nous parviennent d’Iran : le peuple descend massivement dans les rues pour se révolter contre l’injustice. Les Gardiens de la Révolution emploient une violence extrême contre leurs propres citoyens, et le nombre de morts ne cesse d’augmenter.

Mais au-delà des gros titres, il y a ici un schéma historique qui se répète depuis les temps anciens.

La question troublante de la paracha Vaera

Quand on lit la paracha Vaera, le récit des plaies d’Égypte, une question nous frappe : où était le peuple égyptien ? Comment ont-ils pu endurer plaie après plaie sans se révolter contre Paro ?

Pensez-y un instant : le peuple égyptien a tout subi. Ils ont creusé autour du Nil pour trouver de l’eau potable, ils ont dû ramasser des montagnes de cadavres de grenouilles, ils ont souffert de chaque catastrophe. Et pourtant, la Torah ne nous dit rien de ce qu’ils pensaient, de ce qu’ils ressentaient.

Ce n’est qu’avant la plaie des sauterelles qu’on entend enfin la voix des courtisans : « Jusqu’à quand cela sera-t-il un piège pour nous… Tu ne vois pas que l’Égypte est perdue ? » (Exode 10, 7).

Donc la vraie question c’est : pourquoi ils ne se sont pas réveillés plus tôt ?

Paro, l’idole vivante

Voilà ce qu’il faut comprendre et intégrer : Paro n’était pas juste un roi – il était une idole vivante. Nos Sages nous racontent qu’il faisait ses besoins la nuit dans le Nil, en secret total, pour que son peuple pense qu’il n’avait même pas besoin de se soulager comme un simple mortel.

Imaginez la situation : quand tout un peuple voit son dirigeant comme un dieu, c’est très difficile de changer cette perception. Malgré toute la souffrance, les Égyptiens restaient fermés à l’idée que Paro puisse ne pas être tout-puissant.

C’est seulement à la plaie de barad (la grêle) qu’une fissure commence à apparaître : « Celui qui craignait la parole de l’Éternel parmi les serviteurs de Paro a fait rentrer ses serviteurs et son bétail » (Exode 9, 20). Là, pour la première fois, certains Égyptiens admettent qu’il existe une force plus grande que Paro. La foi en Paro-l’idole commence à se fissurer.

Du discours sécuritaire à la tyrannie absolue

Au début, regardez comment Paro présente les choses : « Voici, le peuple des enfants d’Israël est plus nombreux et plus puissant que nous. Soyons malins avec eux, de peur qu’ils ne se multiplient » (Exode 1, 9-10). Il a l’air de se soucier de la sécurité de son pays, non ?

Mais écoutez bien ce qui se passe à la fin : il devient clair qu’il se moque complètement de son peuple. Ce qui compte pour lui ? Maintenir l’illusion qu’il est un dieu, même si ça détruit totalement son pays.

Deux types de dirigeants

Car il faut bien comprendre : il y a deux types de dirigeants – celui qui sert le peuple, et celui qui se sert du peuple. Paro, c’était le second type. Pour lui, le peuple existait pour faire de lui un dieu. Le verset dit « un nouveau roi s’éleva sur l’Egypte », et le Zohar explique qu’il « aspirait à devenir une figure spirituelle suprême dominant non seulement l’Egypte mais le monde entier ».

La stratégie de Paro: créer l’ennemi

Mais si tu veux être un dieu, il faut que le peuple serve ta volonté. Tu dois être une espèce de dictateur spirituel.

Quel est le moyen pour y arriver ? Et voici la stratégie créative de Paro : Inventer un ennemi.

Tu mets tout l’accent sur l’ennemi extérieur, sur la menace terrible. Tu crées une atmosphère de peur permanente, un état d’urgence constant. Et quand il y a un ennemi, le dirigeant devient le seul salut possible.

C’est exactement la stratégie de Paro. Au lieu de s’occuper des vrais besoins de son peuple, il commence à parler d’Israël, du « nouvel ennemi ».

Et voici son coup de génie : celui qui ne sert pas Paro, celui qui n’est pas à fond pour Paro – eh bien il sert l’ennemi. Et celui qui sert l’ennemi ? C’est un traître.

Comme ça, Paro a construit tout son royaume dictatorial sous prétexte de protéger le peuple.

La vérité derrière le masque

Et la fin ? Elle est prévisible : au final, il se fiche complètement du peuple. Le fait qu’il ait laissé les Égyptiens souffrir des plaies encore et encore, sans jamais avoir pitié d’eux – ce n’est pas un hasard. Il ne se souciait que d’une chose : lui-même, son pouvoir, sa divinité imaginaire. Il a juste caché tout ça sous la haine d’Israël.

Iran aujourd’hui : le même scénario

Et maintenant regardez ce qui se passe en Iran aujourd’hui – c’est exactement la même histoire. Depuis 1979, détruire Israël est devenu un objectif officiel. Israël est décrit comme un « cancer » – exactement comme les paroles de Paro. La même rhétorique de menace existentielle.

Pourquoi Israël ?

Alors pourquoi Israël en particulier ? Voici la réponse : Israël réussit quelque chose que le régime iranien prétend impossible – combiner une identité religieuse-spirituelle forte avec une culture occidentale démocratique. Israël, c’est la preuve vivante que leur vision du monde est fausse.

La haine de son peuple caché derrière la haine d’Israel

Mais comprenez bien le mécanisme : comme dans l’histoire de Paro, la haine d’Israël n’est qu’un outil. Le régime iranien s’en sert pour imposer à son peuple un contrôle total.

Un étudiant qui demande la liberté ? c’est un Agent de l’ennemi. Un journaliste qui dénonce la corruption ? il est forcément Au service d’Israël. Quelqu’un qui ose rêver de liberté ? il est considéré comme Traître.

Et voilà l’ironie terrible : le même régime qui crie vouloir « combattre Israël jusqu’à la dernière goutte de sang » n’hésite pas une seconde à tirer sur des milliers de ses propres citoyens. Les Gardiens de la Révolution tirent sur des Iraniens qui osent simplement rêver de liberté.

Exactement comme Paro sacrifiait les Égyptiens sur l’autel de sa divinité imaginaire, le régime iranien sacrifie son peuple sur l’autel de son idéologie.

La chute inévitable des tyrans

Le prophète Mickha nous promet : « Comme aux jours de ta sortie du pays d’Égypte, Je lui montrerai des merveilles ». Celui qui se prend pour un dieu finit par tomber de très haut.

L’obstination de Paro ne l’a pas sauvé – elle a juste multiplié ses plaies, jusqu’à ce qu’il soit englouti par la mer. C’est pareil pour le régime iranien : cette obstination qu’ils affichent comme de la force ? En réalité, c’est de la faiblesse.

L’histoire nous l’enseigne : celui qui construit son pouvoir sur la haine des autres finit toujours par se noyer dans la haine de lui-même.

Le renversement historique : d’esclave à libérateur

Nous avons vu la fin de l’Égypte de Paro. Celui qui s’impose comme un dieu et bâtit son trône sur la haine porte en lui les graines de sa propre destruction. C’est exactement ce qui attend le régime iranien.

Mais il y a quelque chose de profond ici, un renversement historique : à l’époque de l’Exode, c’était le peuple d’Israël qui devait être libéré. Aujourd’hui, en se défendant simplement pour survivre, Israël devient malgré lui l’instrument qui brise les chaînes des peuples opprimés – les Iraniens eux-mêmes, les Libanais, les Syriens.

Et voilà l’ironie ultime : ceux qui voulaient détruire Israël découvrent que c’est précisément lui qui expose leur faiblesse et accélère leur chute. Comme Paro s’est noyé dans la mer qu’il croyait contrôler, le régime iranien se noiera dans la haine qu’il a semée.

Conclusion : Israel, libérateur de l’humanité

Si Israël a été celui qui fut libéré en Égypte, aujourd’hui c’est lui qui libère les nations opprimées. Et peut-être que c’est là le sens profond de la sortie d’Égypte – pas seulement être libre, mais devenir capable de libérer l’autre.

La vraie liberté, ce n’est pas juste s’affranchir de ses propres chaînes. C’est acquérir la force de briser celles des autres.

Un peuple qui a connu l’esclavage et qui s’en est libéré porte en lui cette responsabilité unique : ne jamais rester indifférent face à l’oppression, où qu’elle se trouve.

Et c’est peut-être ça vrai miracle de la sortie d’Egypte : transformer des esclaves libérés en libérateurs de l’humanité.

About The Author

Ancien élève de la yechivat Hevron Guivat Mordehai. Auteur de plusieurs livres sur le Talmud et la Halacha. Roch Kollel Michné-Torah à Jerusalem.