Parachat Ki-Tavo – La solidarité juive : plus forte que les balles

Parachat Ki-Tavo – La solidarité juive : plus forte que les balles

Haredim, Sionistes, Chabbad…: diviser pour mieux s’unir !

Sous les balles, ils ont sauvé des vies

Nous avons été témoins, une fois de plus cette semaine, de l’incroyable solidarité de notre peuple — malheureusement dans des circonstances aussi tristes que douloureuses.

Comment rester indifférent face à ce chauffeur de taxi, qui, sous une pluie de balles, n’a pas hésité une seconde à sortir de son véhicule pour évacuer sa passagère âgée et l’accompagner jusqu’à un abri ? Il a mis sa vie en danger, sans réfléchir, poussé uniquement par son humanité. Un acte d’un courage rare, d’une noblesse immense, plus fort que les balles.

Et ce jeune avre’h, à peine armé, qui a combattu le terroriste avec une bravoure exceptionnelle et un courage inouï pour une seule et unique raison : protéger ses frères. Un acte presque devenu “banal” tant il reflète, une fois encore, la grandeur silencieuse de notre peuple face à des monstres déguisés en êtres humains.

Quel peuple merveilleux et unique nous formons. Quelle dignité, quelle noblesse !

Ne nous laissons pas troubler par quelques voix, internes ou externes, qui tentent de nous salir ou de nous diviser. Ce sont toujours les minorités qui font le plus de bruit. Mais aucune d’elles ne parviendra à éteindre la beauté éternelle et indélébile de notre peuple.

Cette notion de solidarité extraordinaire que nous venons de vivre trouve en réalité ses racines profondes dans notre Paracha de la semaine.

La naissance de la Arvout – La solidarité juive

« Voici les termes du pacte que Hachem ordonna à Moché d’établir avec les enfants d’Israël dans le pays de Moav, indépendamment du pacte qu’il avait conclu avec eux au Horev. » (Devarim 28:69)

Ce verset nous révèle qu’une nouvelle alliance fut établie dans les plaines de Moav, distincte de celle du Sinaï. Et c’est précisément là, selon nos Sages, qu’est née la notion de Arvout – la solidarité du peuple juif.

Mais attendez… N’étions-nous pas déjà unis ?

Pourtant, au moment du Don de la Torah au Sinaï, nous étions déjà parfaitement unis « comme un seul homme ». Pendant quarante années dans le désert, nous étions rassemblés autour du Michkan, formant un peuple soudé.

Alors que vient ajouter cette nouvelle alliance ? Quelle différence y a-t-il entre l’union du Sinaï et la solidarité de Moav ?

La réponse est saisissante : notre véritable union s’est révélée précisément au moment où nous allions nous… séparer !

Au seuil de la Terre Promise, chacun allait rejoindre sa maison, sa tribu, sa parcelle. Le peuple allait se subdiviser en unités individuelles. C’est alors que naît la Arvout – cette solidarité capable d’unir notre peuple même lorsqu’il se fractionne, même lorsque chacun regagne son foyer.

Du collectif à l’individuel : Une révolution

Dans le désert, la notion d’individualité n’existait pas vraiment. Nous étions un peuple-masse, uni autour du Michkan, partageant les mêmes conditions, les mêmes miracles quotidiens. Impossible de développer sa personnalité propre, son identité unique, son espace intérieur. Tout était collectif, tout était partagé.

Mais à l’approche de la Terre d’Israël, tout change. Chacun va avoir sa maison, son domaine, son territoire. Chacun va pouvoir développer son individualité, sa personnalité, son monde intérieur. Pour la première fois, l’individu va naître au sein du peuple.

Cette différence fondamentale se reflète même dans le langage de la Torah. Nos commentateurs remarquent une différence saisissante entre les malédictions de Bé’houkotaï (Lévitique) et celles de Ki Tavo (notre Paracha).

Dans Bé’houkotaï – qui correspond à l’alliance du Sinaï – la Torah s’adresse au peuple au pluriel. Logique : nous n’étions encore qu’une entité collective.

Mais dans Ki Tavo – à la veille de l’entrée en Terre Promise – la Torah s’adresse à l’individu au singulier. Car désormais, l’individu existe, avec sa responsabilité propre, son libre arbitre personnel.

Les “Arour” – Quand le caché révèle l’individu

Et c’est là que réside toute la profondeur des Arour – ces malédictions de Ki Tavo : « Maudit soit celui qui frappe son prochain en secret », « celui qui égare l’aveugle en chemin », « celui qui ferait une statue… et l’érigerait en un lieu caché ».

Toutes ces malédictions traitent d’actes commis en cachette. Pourquoi ? Parce que dans le désert, le « caché » n’existait pas ! Tout était visible, tout était commun. Mais en Terre d’Israël, avec sa maison, ses murs, son jardin, naît l’espace privé – et avec lui, la possibilité du secret, du caché.

C’est alors que naît la véritable épreuve : rester intègre même dans l’intimité, même quand personne ne regarde.

Se séparer pour mieux s’unir

Aujourd’hui en Israël, on observe beaucoup d’individualités, de courants, de tendances, de mouvements différents. Naturellement, cela entraîne des frictions et des désaccords. Mais il faut se rappeler que cette diversité vient en réalité de la beauté du peuple d’Israël.

Si des tensions existent, c’est justement parce qu’il y a quelque chose de profond qui nous unit. C’est un peu comme des enfants qui se disputent à la maison : les querelles naissent souvent quand on se sent en confiance, quand on est « chez soi ».

La multiplicité des courants en Israël reflète en fait l’existence des 12 tribus : chacun doit avant tout créer et développer sa propre identité. Mais il ne faut jamais oublier que ce processus a un but : l’unité. Depuis la création de l’État, chaque courant a mis l’accent sur son identité particulière : les haredim sur la Torah pure, les sionistes religieux avec la dimension nationale, le mouvement ‘Habad avec la rédemption et le Mashia’h, d’autres encore sur la joie.

Mais à quoi cela a-t-il servi de se séparer et de renforcer nos identités si ce n’est pas pour un jour se regrouper ? Pour qu’un jour le haredi fasse cas de la nation et de la terre, pour qu’un jour le sioniste s’attache à la Torah véhiculée par tant de haredim… Chaque courant a développé une expertise, une profondeur dans un domaine particulier, non pas pour rester isolé, mais pour l’apporter un jour à l’ensemble du peuple.

Et nous commençons à en voir les prémices. Lorsque nous avons vu ce jeune avrekh, tout juste sorti de yeshiva, sauver des vies avec une arme à feu, on ne peut pas ne pas penser à un début d’union. Voilà un garçon nourri de Torah qui prend les armes pour défendre son peuple.

Nous sommes venus de tous ces pays, toutes ces cultures, pour créer un seul peuple. La véritable solidarité, c’est s’identifier à l’autre malgré des différences profondes, et construire ensemble une unité qui n’efface pas la diversité, mais qui en est l’aboutissement.

Et le fardeau de la Torah, qui le portera ?

Aujourd’hui, on entend souvent des critiques envers les jeunes hommes qui se consacrent à l’étude de la Torah, sous prétexte qu’ils ne partagent pas le « fardeau » national, qu’il y aurait là une inégalité, une injustice.
Mais peut-on vraiment parler d’égalité, quand le fardeau de la Torah – qui est l’âme du peuple juif – repose sur les épaules d’une minorité seulement ? Où est le שוויון בנטל, l’égalité du fardeau, quand il s’agit de préserver notre héritage spirituel ?

Rappelons-nous cette époque, décrite par Rachi fin de notre paracha, où le peuple entier s’est levé pour revendiquer sa part dans la Torah, refusant que seul un groupe restreint en soit responsable. Ils ne voulaient pas être exclus du lien avec Dieu, ni de la mission de porter Sa parole.

C’est précisément ce moment que Moché a salué en disant :
« Aujourd’hui, vous êtes devenus un peuple » – car c’est lorsque tous veulent se connecter à la Torah, que nous devenons un peuple véritable, uni, fort, et éternel.

Rav Arié Melka

About The Author

Ancien élève de la yechivat Hevron Guivat Mordehai. Auteur de plusieurs livres sur le Talmud et la Halacha. Roch Kollel Michné-Torah à Jerusalem.