Parachat Vaethanan – Se COLLER ou S’ATTACHER – Le choix qui transforme toute relation

Parachat Vaethanan – Se COLLER ou S’ATTACHER – Le choix qui transforme toute relation

Au seuil de la Paracha Vaethanan, Moché se dresse et met en garde le peuple : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien, afin d’observer les commandements de l’Éternel votre Dieu que je vous prescris » (Dévarim 4, 2)

C’est un verset chargé, qui trace une frontière claire autour de la parole divine. Mais immédiatement après, apparemment sans lien direct, Moché évoque l’un des péchés les plus graves de l’histoire du peuple : la faute de Baal Péor. Il décrit la chute de ceux qui l’ont suivi et la récompense de ceux qui sont demeurés fidèles : « Vos yeux ont vu ce que l’Éternel a fait à cause de Baal Péor… Et vous qui vous êtes attachés à l’Éternel votre Dieu – vous êtes tous vivants aujourd’hui » (Dévarim 4, 3-4)

Quel est le sens de cette proximité ? S’agit-il d’un avertissement annexe ajouté au récit d’une grande faute du passé ? Ou bien y a-t-il ici un parallèle profond entre ces deux domaines — entre le péché d’idolâtrie et la tendance à modifier la Torah, à y ajouter ou à en retrancher ?

Pour répondre à cette question, je voudrais m’attarder sur la distinction qui apparaît entre « ceux qui se sont joints à Baal Péor » et « ceux qui se sont attachés à l’Éternel votre Dieu ». Une distinction linguistique subtile — qui porte en elle une signification spirituelle immense.

Se joindre ou s’attacher : le bracelet contre les branches

Le choix linguistique de la Torah n’est pas fortuit. Des pécheurs de Baal Péor, il est dit qu’ils « se joignent » (nitzmedim), tandis que des justes – qu’ils « s’attachent » (devékim). Ce n’est pas seulement un autre mot, mais une façon de décrire deux types de relations fondamentalement différents.

Nos Sages dans le traité Sanhédrin s’y sont arrêtés et ont dit : « Ceux qui se joignent – comme un bracelet serré. Ceux qui s’attachent – comme des branches de palmier attachées les unes aux autres. » Le bracelet – un bijou, un objet extérieur, qui peut être très serré, et même paraître faire partie du corps – mais qui en essence n’en est pas. Il est étranger, amovible, sans vie. Les branches de palmier – des rameaux d’arbre qui poussent, liés par nature, parties d’une même racine. Leur attachement n’est pas un ajout, mais la révélation d’une identité commune.

Le Maharal de Prague (netsah israel ch. 12) développe cette idée : l’homme qui se joint à l’idolâtrie, ou à toute force qui n’est pas Dieu — ne le fait pas par profondeur, mais par manque. Il est attiré vers quelque chose d’extérieur pour combler un vide intérieur, une illusion ou un désir. Dans un tel état, la connexion est le résultat d’une faiblesse — non d’une adéquation. C’est comme un homme pauvre qui se colle de l’or faux dans l’espoir de paraître riche. C’est une connexion trompeuse, qui dissimule le manque au lieu de le guérir. L’attachement, en revanche, est le résultat de la plénitude.

L’homme attaché à Dieu ne cherche pas à gagner quelque chose de l’extérieur, mais découvre son adéquation intérieure à la parole divine. Il vit avec Dieu, ne s’aide pas de Lui ; il trouve dans la Torah l’harmonie avec son âme, pas seulement la solution à ses besoins. C’est pourquoi il n’a pas besoin de façonner la relation, ou d’y ajouter des suppléments artificiels. La relation elle-même – telle qu’elle est – est pleine, vivante, suffisante.

C’est aussi la raison pour laquelle celui qui s’attache à Dieu ne cherche pas à changer la Torah — ni à ajouter des commandements « émouvants », ni à retrancher des existants. Il n’a pas besoin de « compléter » la parole divine — car il y expérimente la plénitude. La Torah telle qu’elle est – lui suffit complètement. Elle n’est pas seulement un livre de lois, mais un langage par lequel il respire. Mais celui qui ne s’attache pas, qui ne fait que « se joindre » – ressent un vide même quand il observe les commandements. Alors il essaie de compenser le manque : il ajoute toutes sortes de rituels, de symboles, de « ségouloth », d’expériences émotionnelles exagérées, ou au contraire — s’allège, supprime ce qui n’est pas confortable, renonce à ce qui n’émeut pas. Cela ne découle pas de la Halakha — mais d’une inadéquation entre son âme et la parole divine.

Baal Péor : quand le vide spirituel mène à l’abîme

Nous arrivons ici à une compréhension plus profonde de la faute de Baal Péor. Il ne s’agit pas d’idolâtrie « classique ». Tout a commencé par la recherche de satisfaction, de plaisir, d’émotion. Mais quand un homme s’habitue à vivre sa vie non par attachement mais par besoin, émotion, faiblesse — il renonce au lien direct avec Dieu. Et quand il n’y a pas d’attachement — le chemin vers l’adhésion s’ouvre de lui-même. C’est un mouvement presque invisible au début : un homme observe les commandements, mais ne se sent déjà plus vivant. Quelque chose en lui se vide. Il ne trouve plus le cœur dans la Torah. Et alors il commence à chercher le cœur ailleurs — un peu de convoitise, un peu d’émotion, un peu de fuite. Et quand de telles habitudes se fixent, il devient difficile de revenir. De là, le chemin vers le péché complet devient court.

Ainsi, la faute de Baal Péor n’est pas née d’une révolte contre Dieu — mais d’un vacuum. D’une vie religieuse qui n’a plus d’âme. Et c’est exactement le parallèle avec le premier verset : quand un homme ajoute à la Torah ou en retranche — il révèle en fait qu’il ne s’attache pas vraiment. Celui qui s’attache – accepte. Celui qui se joint – façonne. L’un vit dans une relation de vérité, l’autre se construit une relation factice sur mesure.

Les 613 commandements ne sont pas un simple moyen, mais l’expression même du lien avec Dieu. Lorsqu’on est véritablement attaché à la vérité, on reconnaît dans chaque mitsva la présence du lien lui-même. Le besoin d’ajouter ou de modifier révèle une absence de cette authenticité — comme si le lien n’était pas suffisant en soi.

Le couple, miroir de notre relation avec le divin

Lorsqu’elle évoque la première union conjugale, la Torah emploie la même expression que celle utilisée pour désigner la relation entre l’homme et son Dieu: « Il s’attachera à sa femme » (Berechit 2, 24). Attachement. Pas seulement une vie commune, pas seulement un contrat ou un engagement — mais une union essentielle, une profondeur d’identité unique qui naît de deux êtres. L’attachement dans le couple, comme l’attachement à Dieu, n’est pas quelque chose qui survient spontanément. Il n’est pas le résultat d’un séjour commun ou du temps seul.

On peut demeurer ensemble des années, partager une maison, une famille, une routine — et ne pas être véritablement attachés. On peut être collés, comme deux objets dans une armoire : collés physiquement, mais complètement déconnectés dans l’âme. L’attachement conjugal exige une présence totale. Il naît de l’écoute, de l’honnêteté, d’un dévoilement mutuel, d’une volonté authentique de grandir ensemble. Il ne dépend pas de l’émotion ou de la passion momentanée, mais se forme à partir d’un engagement profond envers la connexion intérieure entre deux âmes. Quand il n’y a pas d’attachement — même l’intimité devient technique, les paroles vides, et le regard dans les yeux s’estompe. Parfois il semble y avoir de la proximité — mais c’est une proximité sans véritable contact. Cette proximité peut paraître belle de l’extérieur, mais à l’intérieur elle est froide, silencieuse, parfois même très solitaire.

L’attachement authentique : clé de la vie spirituelle

En ce sens, la vie conjugale nous offre un miroir vivant de la relation avec le Saint béni soit-Il. Là aussi, on peut « vivre ensemble » — prier, étudier, accomplir les commandements — sans vraiment Le rencontrer. Sans que le cœur dise : je suis là, j’appartiens, je suis attaché. Et parfois, c’est précisément quand il n’y a pas d’attachement qu’on le cherche dans des alternatives — dans des émotions extérieures, dans les écrans, dans des occupations qui apaisent momentanément mais approfondissent le vide.

Mais la Torah nous révèle : comme dans le couple, ainsi avec le Saint béni soit-Il — on peut construire l’attachement. Pas par des raccourcis et pas par des « ajouts », mais par les mitsvoth elles-mêmes. Et quand il y a attachement, la relation demeure vivante, chaleureuse, enveloppante. Alors le Saint béni soit-Il n’est pas seulement « face à nous » — mais en nous. Alors la Torah n’est pas seulement un livre de lois — mais un langage d’amour. Et alors, comme il est dit : « Et vous qui vous êtes attachés à l’Éternel votre Dieu — vous êtes tous vivants aujourd’hui ».

About The Author

Ancien élève de la yechivat Hevron Guivat Mordehai. Auteur de plusieurs livres sur le Talmud et la Halacha. Roch Kollel Michné-Torah à Jerusalem.