Vendre le ‘Hamets en ligne ou par téléphone – admis “A priori” ?

Vendre le ‘Hamets en ligne ou par téléphone – admis “A priori” ?

La vente de ‘Hamets est une procédure coutumière dans la loi juive, déjà décrite dans la Tossefta Pessahim,  conçue pour faire face de l’interdiction de posséder du ‘Hamets à  Pessa’h. Le vendre à un goy résout le problème dans la mesure où  le ‘Hamets n’est plus en possession du juif. Cependant, les modalités de cette vente étant très complexes, elles ne peuvent être exécutées que par un Rav ou un tribunal rabbinique, qui, au nom de tous ceux qui lui en délèguent le pouvoir, vend le ‘Hamets à un non-juif, le matin précédant Pessa’h et le lui rachète la nuit suivant la fête

Question

La tradition se poursuit depuis des générations d’effectuer un mode d’acquisition lors de la signature du formulaire de procuration donnant l’autorisation au Rav de procéder à la vente, en levant un mouchoir ou un stylo (Kinyan Soudar). Aujourd’hui beaucoup de plateformes digitales et de sites internet proposent de réaliser  la vente en ligne ou par le biais d’un appel téléphonique ou télécopie. Cette façon de faire est-elle appropriée et admise en premier lieu ?

Réponse

Une personne peut nomer un Chalia’h (délégué) pour accomplir une opération à sa place, sans appuyer cela par un acte d’acquisition ou par des témoins, ainsi tranche clairement le Choulhan Arouk’h (182, 1). Il semble donc évident qu’il en est de même concernant la procuration pour la vente du ‘Hamets, comme le relève le O’hr Létsion (v3 §9, 2).

La coutume de mandater le Rav en soulevant un mouchoir, est apparemment en correspondance avec les paroles du Rambam, qui écrit (lois relatifs à la vente 5, 22) :

Beaucoup d’actions juridiques ne nécessitent pas d’acquisition, et ne trouvent même aucun sens à en faire usage. Ainsi en est-il pour la libération de son esclave, le divorce de sa femme ou la délégation d’un émissaire. Et bien qu’il soit habituel de le faire dans de nombreux endroits, cela n’a pas de véritable utilité, et n’est pratiqué uniquement pour annoncer qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie  ou d’une farce, mais d’un acte déterminé et sérieux. Pour cela, si la personne affirme avoir une pleine intention dans son action, il n’y aura rien d’autre à faire.

Rambam, lois relatifs à la vente (5, 22) 

C’est ainsi qu’écrit aussi le Magen Chaoul (§17), qu’aucune acquisition est nécessaire pour une procuration, et que l’habitude d’en opérer n’est simplement que pour éviter que l’envoyeur désapprouve les faits par la suite. Il en sera de même pour la vente du ‘Hamets, on pourra se suffire d’une délégation orale, comme le conclu explicitement le  Cha’ar Yaakov (§13), et comme l’est mentionnée dans le Or’hot Yaakov au nom du ‘Hazon-Ich et de rav N. Karélitz z”l, qui eux-mêmes  se contentaient à être délégués verbalement sans aucune autre  procédure.

Il est vrai qu’il y a un certain avantage de procéder à un mode d’acquisition, car concernant la vente même du ‘Hamets, les décisionnaires s’accordent à dire qu’a priori le non-Juif doit acquérir le ’hamets par le biais de tous les modes d’acquisitions possibles, y compris le Kinyan ‘Hodita (acquisition par le consentement), qui s’opère soit par la consigne écrite du vendeur, soit par sa déclaration devant deux témoins (voir Chouk’han Arouk’h §40), ce qui n’est pas possible dans une vente en ligne ou par téléphone.

Toutefois, il semble que cela ne soit pas dérangeant, car les décisionnaires ont déjà discuté de la manière dont le Kinyan ‘Hodita est utilisé lors d’une vente de ‘Hamets par l’intermédiaire d’un Rav ou d’un tribunal, alors que le confesseur n’est pas le vendeur mais son émissaire. Ils expliquent cela d’après le Ktsot ‘Hahochen (124, 1) qui écrit que dans un cas où un accusé donne procuration à une personne en lui devisant exactement comment argumenter et sur quoi reconnaître, cela sera considéré comme un véritable consentement, en vertu du principe de « l’envoyé d’un homme est comme lui-même ».

Si c’est le cas, en ce qui concerne la vente du ‘Hamets, l’acte d’acquisition ainsi que de consentement est effectué par le délégué, qui exécute simplement les directives détaillées du propriétaire qui l’a mandaté. De cette manière, il est possible de procéder à la vente par téléphone ou par internet, sans avoir besoins ni d’acquisition ni de témoins.

Conclusion

En effet, il est de coutume depuis plusieurs générations, de conclure un accord clair entre le propriétaire – le vendeur, et le rabbin qui est en fait le mandataire. Cependant, ce n’est pas une nécessité obligatoire, car essentiellement, une  simple nomination verbale ou à l’écrit est suffisante, et l’acte d’acquisition habituel, n’est en fait qu’un appui  pour valider la détermination du vendeur.

About The Author

Ancien élève de la yéchiva de Poniewicz. Auteur de plusieurs brochures, en particulier sur le traité Horayot, l'astronomie et le calendrier juif. Se spécialise sur les sujets de Hochen Michpat. Co-directeur du centre de Dayanout Michné-Tora à Jerusalem.

Comments (3)

  • hillel touati

    Merci beaucoup.
    Est-ce qu’une nominatin par telephone est consideree comme une nomination orale a priori. Est-ce qu’une nominationen ligne esr consideree comme un nomination ecrite a priori?

    • Rav B. Melka

      A partir du moment où l’on n’effectue pas d’acquisition, il n’y a pas vraiment de différence entre le téléphone, bien considéré comme une autorisation verbale, ou par le biais d’une plateforme en ligne. Toutefois, il est préférable de rédiger un acte de procuration indiquant explicitement que les admissions et consentements du Rav seront considérés comme les sienne, comme le souligne le Divrei Malkiel (v4 §22, 14).
      Hag Samea’h

  • Amram Eliahou

    נראה לי שקניין אודיתא מועיל רק מדרבנן כמו שמבואר בקצות סי’ קצד בסוף דבריו ומה שנוהגים היום לסמוך על זה, הוא כיון שאנחנו סומכים על ביטול ומימלא האיסור הוא רק דרבנן וקניין דרבנן של אודיתא מספיק אבל היום שהרבנים התירו לכולם למכור חמץ ממש ולשמור אותו לאחר הפסח א”כ ודאי שצריך לעשות דווקא קניין מדאוריי’ ולא לסמוך על קניין אחרים ולפ”ז גם קניין דרך שטר באתר הוי כמו קניין סיטומתא שזה מח’ בין החת”ס לבין הנתיבות בסי’ רא. וכן לעניין מכירת דרך טלפון הוי רק קניין דברים שזה מח’ האם קניין זה הוי דאוריי’ או לא, וכן הביא הכסף קודשים שם בסי’ רא.
    לכן נראה לי שהיום צריך מאוד להקפיד על המכירה אם רוצים למכור חמץ בעין וכמדומה לי שאין אנשים נזהרים בזה

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