Le doute, notre vrai ennemi
Les États-Unis entreront-ils en guerre ou non ? Trump bombardera-t-il l’Iran ou non ? Israël dispose-t-il d’une protection suffisante ?
Ces questions nous obsèdent. Mais elles créent quelque chose de dangereux — la paralysie.
Le doute endort. Il nous pousse à attendre. À ne pas agir.
Selon la ‘hassidout, cela s’appelle : Amalek. Amalek – guématria de doute (safek).
Amalek ne nie pas l’existence de Dieu. Il fait quelque chose de plus subtil — et de plus dangereux. Il accorde une place au hasard, au mikreh, comme s’il existait une causalité parallèle, indépendante de celle du Créateur. Comme si le monde pouvait parfois échapper à la main qui le dirige. C’est cela la fissure qu’il introduit — non pas l’athéisme, mais le doute sur l’exclusivité de la cause divine.
Comme s’il existait une force du bien et une force du mal, deux pôles indépendants. Comme si Haman et Mardochée étaient deux forces d’égal poids. Et quand il y a deux causes – il y a le doute. Et quand il y a le doute – il n’y a plus de mouvement.
La racine de la division – Le Daat
La racine de tout cela se trouve dans la faute de l’arbre de la Connaissance.
La Connaissance crée la séparation. Le bien et le mal. Le sacré et le profane. Le divin et l’anti-divin.
Avant la faute, il n’existait pas d’expérience de deux pôles. Il n’y avait qu’une seule cause.
Depuis lors – la réalité est vécue comme fragmentée. Et c’est de là qu’est né le doute d’Amalek.
Ad de-lo yada – Le retour à l’Un
À Pourim, il nous est prescrit de boire jusqu’à ne plus savoir distinguer entre « maudit soit Haman » et « béni soit Mordekhaï ».
Il ne s’agit pas d’annuler le bien et le mal au sens halakhique. Mais d’atteindre un lieu plus profond — où Haman et Mordekhaï ne sont plus deux causes distinctes.
Tous deux sont des émissaires.
Lorsqu’on parvient au « ad de-lo yada » — on voit une seule main qui dirige tout.
Amalek dit : il y a le hasard. Il y a une force supplémentaire. Pourim dit : il y a des possibilités — mais il n’y a qu’une seule cause.
Et quand il n’y a qu’une seule cause — il n’y a plus de doute. Il y a la confiance.
Hadar kiblou mé-ahava – L’unité entre l’esprit et la matière
Nos Sages disent : ils ont reçu la Torah de nouveau, cette fois par amour.
Pourquoi précisément alors ?
Parce qu’à Pourim fut révélé qu’il n’y a pas de rupture entre l’esprit et la matière. La Torah ne s’oppose pas à la vie — elle la pénètre.
Le Saint béni soit-Il agit au cœur de la nature. Au cœur du palais. Au cœur du festin. Au cœur du voilement.
Quand il est révélé que tout est dirigé par Un seul — il n’y a plus de résistance intérieure entre la vie et la Torah.
C’est une réception par amour. Non par contrainte, non sous la montagne suspendue au-dessus de la tête — mais à partir d’une unité intérieure.
Aussitôt après – Le retour en Terre d’Israël
Et ici, on observe quelque chose de remarquable dans l’histoire.
Il y avait déjà eu une montée en Terre d’Israël avec Zéroubabel. Mais elle était partielle et limitée.
Après le miracle de Pourim — la montée se renforce à l’époque d’Ezra et Néchémia.
Pourquoi ?
Parce que si l’on peut révéler la présence divine au sein de la nature — on peut aussi construire une vie nationale en Terre d’Israël sans contradiction entre l’esprit et la matière.
Le Temple n’est pas une contradiction à la réalité politique. La vie matérielle n’est pas l’ennemie de l’esprit.
Pourim a révélé qu’il est possible d’être au sein d’un monde matériel — et de rester connecté.
C’est un passage de l’unité conceptuelle — à l’unité nationale concrète.
Hanoukka et Pourim – Deux degrés
À Hanoukka, nous avons protégé le Temple. Nous avons défendu le sacré. Nous avons créé une lumière dans les ténèbres.
Mais à Pourim, quelque chose de plus profond s’est produit.
Nous n’avons pas seulement protégé le sacré — nous l’avons élargi.
Si à Hanoukka nous avons allumé une lumière, à Pourim nous avons appris à voir la lumière au sein même des ténèbres.
Si à Hanoukka le sacré était délimité et protégé, à Pourim la sainteté est entrée au cœur du profane.
C’est déjà le degré de l’unité.
Les mitsvot de Pourim – Nous rendre Un
C’est pourquoi les mitsvot de Pourim sont des mitsvot de lien :
Michlo’ah manot — l’unité entre les personnes. Matanot laévionim — l’effacement des inégalités. Festin et joie — la sainteté au cœur du manger et du boire.
Tout unit. Tout brise les cloisons. Tout annule la fragmentation.
C’est l’effacement d’Amalek en acte.
Et nous, aujourd’hui ?
Trump ou Khamenei — ne sont pas la cause. Ils ne sont que des acteurs — et la scène ne leur appartient pas. Pourim nous enseigne à cesser de regarder les acteurs — et à commencer à voir la main qui dirige la scène.
Contrairement à ce que nous pensons, vaincre Amalek ne signifie pas vaincre le mal. Dans la paracha Bechalah il est dit : « Yehochoua affaiblit Amalek » — il l’a seulement affaibli. Affaiblir signifie qu’il n’est plus un parti dans le récit, n’est plus une cause indépendante, ne dirige plus la réalité.
C’est ainsi que le doute est effacé. Et quand un homme voit une seule main — il ne se fige pas. il ne s’endort pas. il ne se perd pas.
Il fait confiance. Il agit. Il se réjouit.