Introduction
Connaissez-vous cette sensation que le temps « s’envole » ? Vous préparez un grand événement pendant des mois, un mariage, une fête, un voyage… et quand le moment arrive enfin, il passe en un clin d’œil. Vous restez avec cette impression de : « C’est tout ? C’est déjà fini ? ».
Nous avons le sentiment de n’avoir aucune prise sur le temps. Dans ce cours, nous allons découvrir que nous commettons une erreur fondamentale dans notre perception du temps, et qu’en changeant notre regard, nous pouvons transformer toute notre expérience de vie.
La question de la Paracha : Le Chabbat s’invite au milieu des fêtes
Dans notre Paracha (Parachat Emor), la Torah détaille toutes les fêtes : Pessa’h, Chavouot, Souccot. Mais juste avant de commencer, elle s’arrête et ordonne le Chabbat : « Pendant six jours on fera le travail, et le septième jour sera un jour de repos complet ».
La question est frappante : quel est le rapport ? Le Chabbat est fixé depuis la Création, tandis que les fêtes dépendent de l’homme. Pourquoi la Torah les lie-t-elle ainsi ? Plus encore, pourquoi dit-elle « Voici les fêtes de Dieu » avant le Chabbat, puis répète-t-elle exactement la même phrase juste après ?
L’énigme du compte de l’Omer : Pourquoi compter ce qui est passé ?
Pour comprendre cela, observons une autre Mitsva de la Paracha : le compte de l’Omer.
Réfléchissez-y – pourquoi ne comptons-nous pas vers l’objectif ? Au lieu de dire « encore 10 jours avant le don de la Torah », nous comptons le nombre de jours passés depuis Pessa’h. Pourquoi faut-il compter avec une bénédiction au lieu de simplement noter la date ? Et pourquoi la Halakha insiste-t-elle sur le concept de « Temimot » (plénitude) – au point que si l’on manque un seul jour, toute la bénédiction de la série est compromise ?
L’erreur : Le futur n’est pas un « présent éloigné »
Notre erreur est de percevoir le futur comme une « destination » située quelque part là-bas, et qu’il faudrait traverser des moments de présent interchangeables pour l’atteindre. Dans cette vision, le présent n’est qu’une « station de transit » qu’il faut sauter.
Voyez comment cela se manifeste dans nos vies :
- L’illusion de la capture : Nous allons à un concert ou en voyage, mais nous regardons tout à travers l’écran du smartphone pour filmer. Nous sacrifions l’expérience du « maintenant » pour un « futur » où nous regarderons les photos. Mais quand ce futur arrive, nous n’avons rien à nous remémorer – car nous n’étions pas vraiment là. Nous avons construit une archive d’images, mais l’âme est restée vide.
- Bâtir des murs, détruire un foyer : La nature humaine nous pousse souvent à économiser et à accumuler pour le futur. On se projette sans cesse dans l’après, en oubliant de vivre avec ses proches sereinement au présent. On finit par construire des sécurités matérielles pour plus tard, tout en négligeant la richesse intérieure et relationnelle qui ne peut se construire que maintenant.
- La vie comme « transit » : La majeure partie de notre vie est une préparation à autre chose : on étudie pour un diplôme, pour être admis à l’université, pour travailler, pour subvenir aux besoins, pour marier les enfants… Si nous traitons tout cela comme un simple « passage », les instants réels de la vie deviennent transparents et inexistants.
- Le piège de l’événement : Combien de fois avez-vous préparé une fête en étant nerveux contre le monde entier durant les préparatifs ? On focalise tout sur le moment de l’apogée, et quand il arrive enfin – on essaie encore de le « saisir » et on le rate, simplement parce qu’on n’a pas construit la capacité d’être présent à l’intérieur de celui-ci.
La vérité est différente : le futur n’existe pas en soi. Il est la construction accumulée des instants présents. Comme une échelle, l’échelon supérieur ne remplace pas le premier, il s’appuie dessus. C’est le fondement de l’Omer : nous comptons ce qui est passé pour donner une éternité à chaque jour.
Le secret : Temps divin contre temps humain
Pour comprendre le lien profond entre les fêtes et le Chabbat, il faut comprendre deux concepts du temps :
- Le temps de Dieu (Chabbat) : Un temps infini, une éternité statique sans passé ni futur. Le Chabbat est un « avant-goût du monde futur » (Meen Olam Aba) – un état sans corps ni matière, totalement spirituel et infini. C’est pourquoi tout travail y est absolument interdit : nous nous élevons au-dessus de la réalité matérielle.
- Le temps de l’homme (Les fêtes/Moadim) : Un temps fragile, divisé. Les fêtes correspondent aux « temps messianiques », comme l’écrit le Maharal. À l’époque messianique, le mal disparaît, mais le corps et la matière subsistent. C’est la raison profonde pour laquelle, contrairement au Chabbat, les travaux liés à la nourriture (O’hel Nefech) sont permis durant les fêtes – car nous restons connectés aux besoins du corps, tout en les sanctifiant.
Pendant la fête, l’homme prend ses instants présents fragiles et les « dessine » sur la toile de fond du temps infini de Chabbat. Les fêtes transforment l’instant éphémère en éternité. Le Chabbat est la feuille blanche et les fêtes sont l’encre – ensemble, ils créent la connexion entre le temps humain et l’infini divin.
Le parfum qui reste dans le cœur
C’est ici que réside la différence entre la fin de Chabbat et la fin d’une fête. À la sortie de Chabbat, nous sentons des épices car l’âme supplémentaire s’en va – elle était une lumière extérieure offerte d’En-Haut. Mais à la sortie d’une fête, il n’y a pas d’épices. Pourquoi ? Parce que celui qui a vécu la fête correctement, qui a rassemblé les instants présents pour les fixer dans l’éternité, a absorbé l’âme supplémentaire de la fête en lui. Elle est devenue un étage de son propre édifice intérieur et éternel.
Le message pour la vie :
Nos Sages nous enseignent : « Celui qui s’est donné du mal à la veille du Chabbat mangera pendant le Chabbat ; mais celui qui ne s’est pas donné du mal, que mangera-t-il ? ». Ce monde-ci est la « veille du Chabbat ». Ce « mal » que l’on se donne n’est pas seulement un travail physique, c’est la capacité de récolter chaque instant présent, chaque « brique » sur le chemin, et d’en faire une partie de l’édifice. N’attendez pas que la lumière arrive d’elle-même à la destination finale. Soyez présents maintenant, dans une discussion avec votre enfant, dans un moment de bonté, dans votre travail quotidien, car chaque instant est la nourriture spirituelle que vous préparez pour l’éternité.