Chabat Chouva – Chabat et Téchouva

Chabat Chouva – Chabat et Téchouva

Le midrach béréchit raba rapporte que lorsque אדם a rencontré קין, il lui a demandé ce qu’il avait été décidé pour son jugement. קין lui répondit qu’il avait fait téchouva et avait été pardonné. אדם se dit « combien est donc puissante la force de la téchouva et je ne le savais pas », il se leva aussitôt et entonna la louange de מזמור שיר ליום השבת טוב להודות לד’.

Quel est donc le rapport entre le Chabat et Téchouva  au point que lorsqu’il a été dévoilé à Adam l’ampleur du pouvoir de la téchouva, il a dit מזמור שיר ליום השבת ?

Comment comprendre car de plus, il n’est mentionné dans ce mizmor aucune allusion à la téchouva ?!!

La réflexion intense de Adam par rapport à la force de la téchouva provient du fait, qu’il s’agit d’une faute d’un homme envers son prochain et que dans ce cas précis, il n’y avait aucune possibilité de réparer puisqu’il avait tué son frère הבל ! Et non seulement הבל  a-il été tué, mais également tous ses descendants, ses fils, ses petits fils et toutes les générations qui crient vengeance et font également partie de ceux qui ont été tués.

En quoi la téchouva peut agir dans ce cas ? Aurait-elle le pouvoir de faire revivre les morts ?

Ainsi que le dit le מסילת ישרים ; au sens strict du דין, il aurait convenu que le fauteur soit puni aussitôt après sa faute car il n’y a aucun moyen de réparer. Existe-t-il une façon de « gommer » l’acte commis ?

Un principe cependant à retenir, la מידת הרחמים est donneuse au point de considérer que l’essentiel de la volonté d’une personne est considérée comme l’essentiel de l’action.

ד’ est prêt à prendre en compte la ferme intention comme s’il s’agissait d’une véritable action.

Néanmoins, il y a également de quoi s’interroger sur le fait que l’essentiel de la téchouva de קין n’était motivée que par les souffrances que cela lui en coûtait. En effet, il craignait pour sa vie, comme il est dit Béréchit 4,14 –« והיה כל מוצאי יהרגני », ce qui signifie qu’il s’agit là, d’une téchouva de bas niveau !

De là, nous comprenons que même une téchouva de faible niveau détient le pouvoir de réparer la faute la plus grave ! C’est de cela que s’est étonné אדם en disant « la force de la téchouva est aussi puissante et je ne le savais pas ?! »

Il reste cependant à élucider le rapport entre la Téchouva et le Chabat et également expliquer le rapport entre la téchouva de קין et מזמור שיר ליום השבת ?

Nos sages rapportent dans le ספר אורחות צדיקים le chapitre de la téchouva qui établit le lien entre Chabat et Téchouva :

Lorsque Moché monta dans le Ciel, au premier niveau, il trouva un petit groupe de malakhim. Ils ouvrirent devant lui le Sefer Thora et lurent l’histoire de la création du premier jour, ils s’interrompirent et commencèrent à faire la louange de la Thora.

Il monta au deuxième niveau, il y remarqua des tas de malakhim qui lisaient l’histoire de la création du deuxième jour. Ils s’arrêtèrent et firent l’éloge de la Thora et d’Israël.

Il monta au troisième degré, il y trouva des malakhim et des groupes qui lisaient l’œuvre du troisième jour. Ils cessèrent et dirent les louanges de Yérouchalayim.

Il monta au quatrième échelon, il y a rencontra d’autres anges, des אראלין, qui lisaient le récit du quatrième jour. Ils s’arrêtèrent et firent l’éloge de machiah.

Il monta au cinquième, et y trouva des camps entiers de malakhim qui lisaient l’histoire du cinquième jour. Ils stoppèrent et racontèrent les souffrances du guéhinam..

Il se rendit au sixième Ciel et y vit des malakhim qui lisaient l’histoire du sixième jour. Ils s’arrêtèrent et racontèrent l’histoire du gan éden et réclamèrent qu’הקב’ה  donne à Israel leur part au gan éden.

Il arriva au septième Ciel et y a trouva des אופנים, des סרפים et des rondes de malakhei de miséricorde de hessed et de tsédaka et des malakhei d’angoisse et de frayeur. Il s’accrocha aussitôt au כסא הכבוד. Ils commencèrent à lire l’histoire du septième jour « ויכולו השמים והארץ וכל צבאם… ». Ils s’arrêtèrent pour faire l’éloge de la téchouva !

Cela pour nous enseigner que la téchouva parvient jusqu’au כסא הכבוד, comme il est dit « שובה ישראל עד ד’ אלוקיך »

Dans la guémara Chabat, il est écrit que « tout celui qui garde le Chabat selon sa loi, même s’il fait עבודה זרה comme au temps de אנוש sera pardonné. »

Qu’est-ce que cela signifie ?

En fait, le מסילת ישרים   explique de la façon suivante le lien existant entre le Chabat et la Téchouva :

« Il s’agit là, en fait, de l’un des pièges, une ruse du yétser hara. Il consiste à faire peser sur les cœurs des hommes, le poids de leur travail quotidien, au point qu’il ne lui reste pas même un souffle pour réfléchir et faire le choix de la voie dans laquelle il doit se diriger.

Le yetser hara sait pertinemment que s’il était permis à l’homme de réfléchir au chemin qu’il doit suivre, il n’hésiterait pas à lever le pied et ralentir son travail. Ses regrets iraient alors grandissant et prendraient le dessus, jusqu’à abandonner la faute complètement.

Dans le même esprit, cela revient au conseil de Paro, le רשע, lorsqu’il a dit :

«תכבד העבודה על האנשים , alourdissez le travail sur les hommes ».

Quelle était alors son intention ?

Tout son but était d’accabler les Bnei Israel de travail au point de ne pas leur permettre le moindre souffle. Il pensait ainsi leur ôter toute possibilité de réflexion pouvant les mener à une révolte contre lui. Sa méthode était celle d’un travail accablant, permanent, constant, ininterrompu.

De même, agit le yetser hara envers les hommes ! Tel un combattant  acharné, il emploie la ruse à laquelle il est impossible d’échapper sans sagesse et clairvoyance.

Rav Chmoulévitch complète cette explication en rapportant au sujet de la פרשת וישלח (32.30) :

Au moment où Yaacov est en proie avec le malakh, il lui demande « quel est ton nom ? ». Ce dernier lui répond «  pourquoi me demandes-tu mon nom ? ».

Le nom d’une personne exprime la nature et les qualités de celle-ci. Telle était l’intention de Yaacov en demandant au malakh « quel est ton nom ».

Yaacov désirait connaître la nature et les forces du malakh !

La réponse de ce dernier en disant « pourquoi désires-tu savoir mon nom », signifiait « ne cherche pas à savoir, n’approfondis pas davantage et ne questionne pas ». Effectivement, le malakh détenait ce potentiel de faire tomber Israël חו’, mais dès lors que Yaacov lui demanda qui il était, aussitôt qu’il chercha à déceler sa nature et son origine, il lui fit perdre sa force et le désamorça dans sa mission de faire tomber Israël.

C’est ce qui explique la raison qui empêche les hommes de faire téchouva. Cette lourdeur du quotidien, augmentée par le yetser hara, au sujet de ce monde-ci avec tous ces soucis et sa fatigue, ne permettent pas à l’homme de souffler, ne le rendent pas disponible pour faire les comptes, établir un bilan.

Quelle est la solution contre cette manigance pour échapper à cette ruse du yetser ?

C’est dans Chabat que se trouve la résolution de cette problématique !

Que manquait-il au monde après son achèvement lors de la Création? La ménouha !

Chabat est arrivé, est arrivée avec lui la ménouha (Rachi Béréchit 2.2)

Chabat fut donné pour apporter à l’homme la ménouhat hanéfech. Pour lui permettre de s’extirper de toute sa fatigue et ramener son esprit à la sérénité et au calme, pour lui donner l’occasion de réfléchir aux  voies qu’il doit emprunter et aux actions qu’il se doit d’accomplir.

Le Rambam écrit dans sa אגרת המוסר : « sachez, fils d’Avraham ! ד’ vous prendra en pitié car il convient de savoir que ce qu’a ordonné ד’ en tout premier à Israël par l’intermédiaire de Moché. C’est le Chabat ! Il l’a placé comme ברית, comme alliance ! ד’ a dit : «  ושמרו בני ישראל את השבת לעשות את השבת לדורותם ברית עולם ביני ובין בני ישראל אות היא לעולם כי ששת ימים עשה ד’ את השמים ואת הארץ וביום השביעי שבת וינפש, les Bnei Israel garderont le chabat pour faire le chabat pour toutes les générations c’est une alliance éternelle entre moi et eux, c’est un signe éternel car ד’ a fait le Ciel et la Terre en six jours, et le septième jour Il a cessé toute activité. »

Ce sujet n’a pour intention que nous enseigner à nous reposer et cesser toutes ces activités qui nous épuisent et nous empêchent de parvenir à ד’. Ce sont des préoccupations de ce bas-monde, destinées à nous détourner de notre lien privilégié avec ד’ et risquent de nous conduire חו’ à échanger Son avoda contre une עבודת פרך, une avoda de Paro roi d’Egypte ח’ו.

Tel est le lien entre Chabat et Téchouva :

Le niveau de ménouha que le Chabat offre, au moyen de l’arrêt des mélakhot, de la cessation de la routine des préoccupations quotidiennes, du business, de la fatigue, des soucis, offre à la personne, la possibilité de diriger et concentrer ses pensées et ses réflexions sur le véritable but de ses actions, d’éveiller son cœur à revenir vers ד’.

Ajoutons à cela l’explication du Gaon de Vilna au sujet de ce que rapporte la guémara Brakhot qui dit :

« tout celui qui passe sept jours sans faire de rêve est appelé racha » .

Comment comprendre ? Cela parait pour le moins surprenant car le fait de rêver ou pas, n’appartient pas à l’homme. Cela ne dépend pas de lui !

De plus, pour quelle raison lui imputerait-on le titre de racha ?

Il est connu que le עולם הזה, avec tous ses plaisirs, est comme un rêve qui s’envole, כחולם יעוף, vide de tout !

Comment la vie de l’homme se conçoit-elle alors que ses jours et ses années ne sont pas garantis, quand chaque jour, il peut craindre de mourir le lendemain… C’est la raison pour laquelle ses jours sont comme un rêve qui s’envole.

Lorsqu’un homme investit toute son attente dans le עולם הבא, tous les jours de sa vie ne sont qu’un rêve. Il placera son עבודת ד’ comme essentielle, et son travail quotidien comme accessoire.

Mais l’homme oublie cette donnée, c’est pourquoi il se plonge dans les futilités de ce monde. Il se fatigue chaque jour de la semaine pour subvenir à ses besoins et il n’est pas disponible pour faire son bilan et tenir les comptes quant à son but, en dehors du Chabat qui le libère de ses affaires et ses préoccupations matérielles.

Mais si là aussi, il ne réfléchit pas à sa mission et son objectif dans ce monde qui finalement n’est qu’un moyen d’atteindre le עולם הבא, alors c’est clair que cela lui est compté comme faute.

Si dans son  objectif de vie, l’homme n’a pas intériorisé ce monde-ci comme un rêve, durant sept jours qui incluent un Chabat, il est appelé רשע. ! Car tous les sept jours il se doit d’établir le bilan de ses actes dans ce monde.

Quoiqu’il arrive, il y a lieu de rappeler que l’on pardonne les fautes de tout celui qui garde le Chabat kéhilkhata, à condition qu’il fasse Téchouva !

Avec quelle force l’homme, arrive-t-il à la Téchouva ?

En accomplissant la mitsvat chabat kéhilkhata, l’homme est préservé car sa ménouha lui permet de réfléchir, de se poser, ce qui lui laisse la possibilité de s’extirper des agitations de ce monde-ci, qui n’est que futilité, tel un rêve qui s’envole.

Il regrette ses mauvaises actions, et ce repentir grandissant, le pousse jusqu’à abandonner complètement la faute. C’est ce qui l’amène à être pardonné par le Ciel de toutes ses עבירות.

L’observance du Chabat dans tous ses détails que ce soit au niveau de la parole, de la pensée et de l’acte, font de ce jour, une occasion de libération des fautes commises. C’est un fondement puissant et essentiel de la Téchouva.

שבת שובה est le nom donné au Chabat des ימים נוראים car il est un fondement de la Téchouva.

Il convient de déployer notre énergie pour sa stricte observance dans les moindres détails, que ce soit au niveau des paroles profanes, des lectures…, et purifier nos actes de toute pensée étrangère pour la consacrer à la יראת ד’. Nous obtiendrons ainsi le pardon pour tous les Chabatot depuis la naissance tel que nous l’enseigne le Arizal.אמן כן יהי רצון !

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Commentaires (1)

  • Emmanuel

    Excellent et tres instructif !
    Je vais rentrer différemment dans ce chabbat grâce a vous…

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