Bo – Les Tefilines: symboles de notre délivrance – Partie 2

Bo – Les Tefilines: symboles de notre délivrance – Partie 2

Une Mitsvah en double: sur le bras et sur la tête

Dans la partie précédente, nous nous sommes attardés sur la forme angulaire des Tefilines. Notre réflexion dans cette deuxième partie portera sur le sens de cette double Mitsva, qui est constitué de deux boitiers, l’un posé sur le bras et l’autre sur la tête. Pourquoi cette même Mitsvah doit être divisée ?

Il nous faudra également comprendre la raison de la différence dans la disposition des Parachiot. Alors que dans les Tefilines de la tête, les quatre Parachiot se trouvent dans des compartiments distincts, dans ceux du bras, tout est écrit dans le même parchemin.

Dans le Texte lui-même nous trouvons une autre différence : ceux de la tête sont nommés « un signe » alors que ceux du bras sont « un souvenir ».

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 Afin de tenter d’apporter un éclairage sur le sujet, je voudrais poser une question assez générale: où se positionne notre Torah entre la droite et la gauche (au sens politique du terme) ?

La Torah est de Droite où de Gauche ?

Deux tendances régissent dans le monde, l’identité ou l’égalité, la droite et la gauche d’aujourd’hui. Nous sommes en droit de nous demander de quelle tendance la Torah provient ?

A priori, les commandements tels que la charité ou le fait de prêter, de même que la Mitsvah d’ « aimer son prochain comme soi-même » et toutes celles qui s’y apparentent, appartiennent le plus souvent à la gauche qui veut aider les faibles et essaye à tout prix d’endiguer les différences, même quand l’Autre est un ennemi.

 La Torah serait-elle donc de gauche ?

En réalité, cette conception est une grave erreur. Pour la comprendre, il nous faudra comprendre brièvement la différence entre la droite et la gauche.

Pour la gauche, le monde entier est égal, aucun fait ne peut changer cette affirmation. Il n’y a pas de différence entre les gens et les populations, il n’y a pas de riches et de pauvres, tout n’est que coïncidences, en substance, la richesse de l’un est pour l’autre. En politique, il n’y a essentiellement aucun concept d’ennemi, tout le monde peut changer, redevenir « commun », et faire la paix.

En revanche, la droite ne croit qu’à la réalité, on ne pourra changer que l’ambition, mais les faits existent, il y a des pauvres et des riches, il y a amis et ennemis.

Si la gauche est utopique, la droite est réaliste. Pour cette raison, la gauche est moins active et plus dans l’optique de « faire peu et dire beaucoup » parce qu’elle vit dans un monde d’ambition et de théorie, on sort du domaine du réel sans tirer de leçons des faits. Cependant, la droite dit peu et fait beaucoup, car pour elle les faits sont supérieurs aux aspirations, elle vit et respire la réalité environnante.

Si c’est ainsi, il semblerait que La Torah nous impose un certain dualisme. Il s’agit d’être de droite en pensée et de gauche dans l’action.

La Torah n’est pas d’accord avec l’égalité des personnes, ce concept fait de l’homme une production naturelle uniquement et du monde entier. Selon la Torah, chaque personne est différente de son ami, à chacun son « angle », chacun complète l’autre. Un ensemble de visions subjectives crée la perfection. C’est pour cela qu’en pensée, chacun se doit de posséder une opinion, une identité, qu’il ne faut pas confondre. Nous devons être fermes face à d’autres opinions, plus libérales ou plus strictes.

Mais dans le monde de l’action, il faut aller vers les autres. Même si la richesse n’est pas de l’autre, elle est définitivement née pour la charité. La bonté sans identité n’est pas une bonté mais au contraire peut amener à la prostitution. Le sens du don n’existe que si nous maintenons notre identité tout en étant ouverts aux autres. Le Judaïsme est la seule religion à impliquer la bienfaisance et la rigueur, cette dernière étant plus dans la prévention d’un acte, et la bonté plus dans sa réalisation. En d’autres termes, la Torah est à la fois de droite et de gauche, de droite dans ses opinions et de gauche dans ses actions.

Deux Tefilines : le bon équilibre entre la Gauche et la Droite

Dans les Tefilines de la tête, les Parachiot sont séparées, la tête appartient à la dimension de la pensée. Chacun possède sa propre pensée, les opinions sont distinctes comme les Parachiot. Mais les Tefilines de la main, symbolisant le monde des actes, dans lequel nous devons être reliés les uns aux autres, voient leurs Parachiot écrites ensemble. C’est peut être une des raisons pour laquelle nous les plaçons sur la « Main Faible », car cela signifie l’intérêt portée envers l’Autre en général et les faibles en particulier.

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Tefilines du bras

Mais malgré leur différence fondamentale, les Tefilines de la tête et de la main sont tous deux carrées (voir partie 1). Celles de la tête sont là pour rappeler à l’individu de sortir du cercle de la nature et d’aiguiser son propre angle. Celles de la main, quant à elles, viennent rappeler que même lorsque nous sommes occupés à faire, nous ne devons pas perdre notre identité, même si nous sortons à la rencontre de l’autre, nous ne devons pas oublier les limites nous définissant.

[En outre, il convient de méditer que la même division entre le rond d’une part et le droit et le carré d’autre part, existe aussi chez l’Homme. Dans les membres de la tête, tout est arrondi, la tête elle-même est ronde, l’oreille, les yeux, et la narine. En revanche, dans les mains, les doigts sont droits. Il semblerait qu’il s’agit de montrer que l’essentiel du renouveau d’une personne doit s’exprimer davantage en actes et moins dans les pensées].

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Tefilines de la tête

Dans la Paracha des Tefilines, nous concluons l’histoire de l’Exil et exprimons notre Délivrance. Comme nous l’avons expliqué dans la partie 1, le carré de Tefilines est celui qui exprime le salut, à savoir la sortie du cercle de la nature. Tout cela grâce à celles de la main et de la tête, c’est-à-dire de la pensée et de l’action. C’est pour cela que la rédemption fut accomplie par Moché et Aaron, Moché corrigeant l’identité et Aaron réalisant l’acte.

La lettre Alef ou le secret de notre délivrance

Le Maharal de Prague (Netsa’h Israel Chap.1) écrit que l’exil (Gola) et la délivrance (Gueoula) possède la même racine : « Gal ». La seule différence entre ces deux mots est la lettre Alef qui est ajoutée.

Apparemment, cette racine est celle du mot ‘Agol, signifiant le Cercle. En réalité, deux fois « Gal » donne « Galgal » qui fait référence à une roue et à une rotation qui se répète. [Goula signifie un contenant cylindrique (voir Zekharia 4,2). Gal désigne une vague, qui a une action circulaire. Nous trouvons aussi Meguila, qui est un parchemin qui se roule].

Pour parvenir à la Rédemption, il faudra ajouter le Alef. Cette lettre est construite avec une ligne droite au milieu, et deux « Youd » de chaque côté…

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Lettre Aleph

Ici semble être le message de la Liberté. La ligne droite vient nous rappeler de quitter ce monde circulaire pour créer et agir. le Youd de droite, qui tend vers le haut, symbolise la rigueur de notre pensée. Et le Youd de gauche, qui repose sur terre, et qui tend légèrement vers l’extérieur, représente notre devoir d’aller vers l’autre à travers nos actions. Ces trois notions sont indissociables, et indispensables pour notre vraie liberté.

La lettre Alef porte donc tout le secret de notre délivrance. A nous de l’intégrer pour passer de Gola à Gueoula, d’exil à la libération.

Pour atteindre cela, nous devons nous connecter aux Tefilines et à leur Carré. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons sortir des étroites limites de la nature et des cercles de la matière. En ressemblant à notre Créateur, d’une part, en renforçant notre identité subjective, tout en dirigeant nos actions vers l’autre.

About The Author

Ancien élève de la yechivat Hevron Guivat Mordehai. Auteur de plusieurs livres sur le Talmud et la Halacha. Roch Kollel Michné-Torah à Jerusalem.

Comments (2)

  • P.E

    Trés intéressant. Juste une question, est-ce que le mot Galgal existe dans le Tana’h ?

    • Rav A. Melka

      Oui nous trouvons ce terme dans Yechaya 5,28, Yermiyahou 47,3, et Kohelet 12,6.

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